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BULLETIN

DE LA

SOCIÉTÉ LE GÉOGRAPHIE

Septlënte série

TOME Vin

LISTE

DES PRÉSIDENTS HONORAIRES DE LA SOCIÉTÉ*

MM.

Marquis de Laplace. ♦Marquis de Pastoret.

Vt« de Chateaubriand.

Ct« Chabrol de Volyic.

Becquey.

*Cte Chabrol de Crou-

SOL.

♦Baron Georges Cuvier.

B°" Hyde de Neuville

Duc de Doudeauyille. ♦Comte d'Argout.

J.-B. Eyriès.

Vice-amiral de Rigny.

Contre-am. d'Urville. ♦Duc Decazes.

Comte de Montalivet.

Baron DE Barante.

Général baron Pelet.

*GU1Z0T.

♦De Salvamdy.

Baron Tupinier.

MM.

♦Comte Jaubert.

Baron de Las Cases.

VlLLEMAIN.

Cunin-Gridaine.

Amiral baron RoussiN. ♦Am. baron deMackau.

B** Alex. DE HUBIBOLDT.

Vice-amiral Halgan.

Baron Walckenaer.

Comte MoLÉ.

De la Roquette.

♦JOMARD.

♦Dumas. ♦Contre-am. Mathieu.

Vice-amir. La Place. ♦Hippolyte Fortoul.

Lefebvre-Duruflé.

Gdigniaut.

Daussy.

Général Daumas.

MM.

♦Duc DE Beauhont.

ROULAND.

Amir. Desfossés.

C. DE Grossolles-Fla- harens.

Duc DE Persigny.

Vice-amiral de la Ron- ciers le Noury.

Comte Walewski. De Quatrefages.

Michel Chevalier. Alfred Maury. Vivien de St-Martin.

♦Mis DE ChASSELOUP-

Laubat. Meurand.

Contre-am. Mouchez. Ferdinand de Lesseps. Alp. Milne-Edwards. Alfred Grandidier.

COMPOSITION DU BUREAU DE LA SOClETu:

POUR l'année 1887-1888

Président M. Ferdinand de Lesseps, membre de Tlnstitut.

Vice-présidents. \ ^' général Perrier, membre de l'Institut.

I M. Bouquet de la Grye, membre de Tlnstitut.

Scrutateur,.... {^^•^■^^'""'''-

( M. Georges Démanche.

Secrétaire.,,., m M. le D' Henri Labonne.

TRÉSORIER DE LA SOCIÉTÉ M. Meignen, notaire honoraire.

ARCHITECTE DE LA SOCIÉTÉ M. Edouard Leudière.

AGENCE

M. Charles Aubry, ag^ent.

Hôtel de la Société, boulevard Saint-Germain, 184.

!• La Sociëld a penlu tous les Présidents dont les noms sont précédés d'un "k

BULLETIN

DE LA

r r

SOCIETE DE GEOGRAPHIE

RÉDIGÉ

iflC LE CONCOURS DE LA SECTION DE PDDLICilIOS

PAR

LES SECRÉTAIRES DE LA COMMISSION CENTRALE

SEPTIÈME SÉRIE. ~ TOME HUITIÈME

ANNÉE 1887

PARIS SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE

184, Boulevard Saint-Germain, 184 1887

COMPOSITION DU BUREAU

ET DES SECTIONS DE LA COMMISSION CENTRALE

POUR 1887

BUREAU

Président M. J. Janssen, de l'Instilut.

( M. le D' Hamy.

Vice-présidents ]

r M. William Huber.

Secrétaire général. ... M. Charles Maunoir. Secrétaire adjoint... M. Jules Girard.

Secrétaire général honoraire. M. V.-A. Malte-Brun. Archiviste-bibliothécaire M. James Jackson.

Section de Correspondance

MM. A. d'Abbadie, de l'Institut. i MM. le comte de Marsy.

E. Cheysson. | a. Milne-Edwards, de l'Institut.

A. Daubrée, de l'institut. Charles Gauthiot. Adrien Germain.

Georges Perin, député. Colonel Perrier, de l'Institut. Franz Schrader.

Victor Guérin. | Louis Vignes, contre-amiral.

Section de Publication

MM. Barbie du Bocage.

le vicomte Henri de Bizemont.

Henri Duveyrier.

P. Foncin.

Jules Garnier

James Jackson.

JansseU; de l'Institut.

MM. Emile Levasseur, de l'Institut, V.-A. Malte-Brun. J.-B. Paquier.

de Quatrefages, de l'Institut. E.-G. Rey. Vidal de La Blache.

Section de Comptabilité

MM. Bouquet de la Grye, de l'Inst. f MM. Meignen, notaire honoraire

/^ * rv t ^

Casimir Delamarre.

Alfred Grandidier, de l'Institut.

trésorier. Paul Mirabaud.

William Martin. | Charles Schlumberger.

Membres honoraires de la Commission centrale

MM. Edouard Charton, de l'Institut, sénateur. Jules Codine. Le D'Alfred Demergay. —Alfred Maury, de l'Institut. Le vice-amiral Paris, de l'Institut. —Vivien de Saint-Marlin.

RAPPORT

SUR

LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE

ET SUR

LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES

PENDANT L'ANNÉE 1886

PAR GH. MAUNOIR

Secrétaire général de la Commission centrale

Les secrétaires généraux de la Société ont toujours con- sidéré comme le principal honneur de leurs fonctions d'avoir à vous exposer chaque année les progrès accomplis parla géographie.

Toujours aussi de vifs regrets accompagnent ce privilège. Les limites imposées à un rapport d'ensemble, surtout à une lecture en séance, obligent le rapporteur à passer sous silence un grand nombre de voyages ou de travaux incon- testablement utiles, ou bien à tellement en condenser l'ex- posé qu'il se réduise à quelques formules sèches, vagues ou banales.

Pour bien faire apprécier la portée d'un voyage, ne con- viendrait-il pas toujours d'indiquer l'état de nos connais- sances au moment il s'est accompli ? Or, le nombre des voyages dignes d'être mentionnés pour l'année qui finit, s'élève au moins à une trentaine.

Il faudrait ajouter à cette partie du rapport l'exposé des progrès de la géographie historique et de Thistoire de la géographie; il faudrait signaler les grands travaux par les- quels l'homme transforme son domaine; il faudrait mar- quer les étapes des belles recherches entreprises pour la mesure rigoureuse du globe; il faudrait mentionner les

6 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

œuvres de larges esprits résument les connaissances acquises sur la terre et la vie dont elle est le centre. Quel- ques pages, quelques instants seulement nous sont ac- cordés pour remplir ce programme, pour passer en revue les éléments variés dont se compose le mouvement géogra- phique.

L'exiguïté du champ assigné à Texposé d'aussi nombreux sujets dicte au rapporteur des sacrifices qu'il regrette plus que personne. Les faits relatifs à la vie intérieure de notre association doivent, en particulier, n'être qu'effleurés. Mais comme ils ne sauraient être passés entièrement sous silence, en voici le très rapide aperçu.

Notre nécrologie de Tannée se compose de quarante-deux noms, en tête desquels, par rang d'ancienneté, se place le nom de M. Gustave d'Eichthal, inscrit sut les contrôles de la Société depuis 1838. M. Gu€tave d'Eichthal fut l'un de ces esprits élevés que préoccupent sans cesse les problèmes relatifs à l'humanité, qui en poursuivent sans relâche la solution. Ainsi, tourné volontiers vers l'étude des races au passé obscur, il présentait naguères à la Société des travaux ingénieux sur l'origine des races primitives océaniennes et américaines et sur l'histoire et l'origine des Foulahs. Membre de la Commission centrale de 1854 à 1836, M. Gus- tave d'Eichthal avait toujours porté intérêt à nos recher- ches. Le fils de ce regretté collègue, M. Eugène d'Eichthal, a voulu en se faisant admettre parmi nous, à la mort de son père, maintenir sur nos listes un nom honoré qui s'y trou- vait inscrit depuis quarante-huit ans.

Depuis 1843, M. P.-J.-S. Passama, officier de marine, figurait sur nos listes il s'était fait inscrire à son retour du voyage qu'il accomplissait dans le Yémen en 1842, comme second de M. Jéhenne, commandant de la Pré- voyante, chargée une mission sur la côte d'Arabie.

La Société a perdu encore un membre ancien et dévoué,

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 7

en la personne du vice-amiral baron Didelot, qui était des nôtres depuis 1844.

Dans le courant de l'année nous avions appris la mort de M. Arthur Grasset, voyageur naturaliste distingué. Fidèle à ses sentiments envers la Société dont il faisait partie depuis 1861, il lui a laissé, par ses dispositions testa- mentaires, un legs de 5000 francs.

Nous n'entendrons plus les communications si pleines de verve, de spirituels aperçus auxquelles excellait notre col- lègue M. Louis Simonin, vulgarisateur actif et ingénieux, qui s'était fait une spécialité de la géographie économique. M. Simonin était parmi nous depuis 1865.

M. L.-E. Gaultier de la Richerie, capitaine de frégate en retraite, membre de la Société depuis 1866, avait à son zèle pour les recherches géographiques d'être nommé pré- sident de la Société de géographie de Lorient, Tune des plus actives de ces associations qui ont groupé en province les adeptes ou les fervents de notre science.

Plusieurs fois, depuis son entrée à la Société en 1867, M. Paul Lévy nous avait entretenus de ses nombreux voyages dans l'Amérique centrale, notamment au Nicaragua. Il a été brusquement enlevé à des espérances, à des projets dont sa connaissance de contrées qu'il décrivait si bien, permettait d'espérer la réalisation.

Dès l'origine du mouvement géographique actuel, une Société de géographie se fondait à Marseille sous la prési- dence de M. Alfred Rabaud, notre collègue depuis 1872. Par la distinction de son esprit, comme par son exquise bonne grâce et son dévouement, il a largement contribué à développer cette association qui perd en lui un président difficile à remplacer. Pour notre part, nous perdons un col- lègue éminent que nous étions toujours heureux devoir au milieu de nous.

Il fut membre de la Société pendant onze ans, le direc- teur, de la mission chinoise à Paris, M. Prosper M. Giquel,

8 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

ancien officier de marine, dont les connaissances spéciales étaient toujours si obligeamment mises à la disposition de ceux d'entre nous qui étudient l'empire chinois.

L'un de nos récents comptes-rendus vous a parlé de M. P.-L. Morin, ancien directeur du cadastre du Canada, que nous comptions parmi nous depuis 1875. Sa mort nous enlève un collègue essentiellement dévoué aux intérêts de la Société.

M. Paul Soleillet, enlevé aussi cette année, était un explo- rateur vigoureux et hardi qui avait par deux fois pris la route de Timbouktou. La Société l'avait admis au nombre de ses membres en 1879.

Le 11 septembre dernier mourait à Brass, sur le bas Niger, le docteur Robert Flegel, explorateur allemand ins- crit sur nos listes depuis 1882. Il est mort de maladies con- tractées pendant plusieurs années d'efTorts pour pénétrer au cœur de l'Afrique par la Bénoué. Savant autant que modeste et courageux, M. R. Flegel a succombé au seuil de la contrée il avait conquis la célébrité comme explora- teur.

Les contrôles de la Société renferment les noms de quel- ques-uns des représentants les plus illustres de l'art fran- çais. Nous aurons le regret d'en voir disparaître le nom de M. Paul Baudry, ce grand peintre dont les œuvres reflé- taient si bien l'esprit élevé. M. Paul Baudry avait été reçu membre de la Société il y a tantôt dix ans.

Voici un ingénieur de mérite, M. G. Naissant, qu'une mort prématurée a enlevé aux études il s'était distingué, sur les gisements aurifères dans les diverses parties du globe, no- tamment dans l'Amérique du Sud. Il était notre collègue depuis 1874.

Un jeune officier, M. Marcel Palat a succombé aux coups du fanatisme musulman, dans une tentative pour pénétrer au Touat, et s'avancer vers Timbouctou. Le chapitre relatif à l'Afrique donnera quelques détails sur ce douloureux

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 9

événement. M. Marcel Palat était entré Tannée dernière dans la Société.

Voyageur infatigable et zélé, M. Charles Mano, reçu égale- ment Tan dernier parmi nous, avait accompli dans les deux Amériques de très longs voyages dont la relation encore inédite ajoutera un Français de plus à la série de ceux que compte déjà l'histoire de la géographie américaine.

Pour l'honneur de concourir à une œuvre grandiose «ntre toutes, M. Léon Boyer avait accepté la haute et rude tâche de diriger les travaux des Panama. La fièvre jaune a enlevé en pleine jeunesse cet ingénieur d'un rare mérite, qui était devenu notre collègue dans le courant de Tannée. La Société a vu un vide nouveau se produire dans la liste de ses correspondants étrangers, par la mort du conseiller da Silva Mendes Léal, élu membre correspondant en 1867. Homme d^État, littérateur et historien distingué, M. Mendes Léal fut longtemps ministre de Portugal à Paris. En cette qualité, il appliqua toujours son extrême courtoisie à res- serrer les liens entre les représentants français et portu- gais des sciences géographiques.

La Société a perdu encore : MM. Ansart du Fiesnet (Edmond), conseiller général du Pas-de-Calais (1852)*; Pollen (le D' François), vice-consul de Tempire ger- manique (1867); Béranger, propriétaire (1868); Aubry-Deleau, président du tribunal de commerce de Mirecourt (1878); Bocquet (Anselme), ancien négociant (1873); Delesse (Henri), sous-chef au Ministère des Travaux publics (1875); Trêve (Auguste-Hubert), capi- taine de vaisseau (1875); Gauvin (Paul-Nicolas), lieu- tenant de vaisseau (1876); Blatel (Léopold), inspecteur des messageries maritimes (1877); Cheilus (1879); Peruy (Jean-Charles), médecin principal de Tarmée (1879); L'Hôtellier (Tabbé), curé à Perray (1879); Lalerrière

1. Les miUésimes entre parenthèses indiquent les années d'admission dans la Société.

10 BAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

(J. de), négociant (1879); Tergès (de), inspecteur géné- ral des finances (1880); Trasbot (Marie- Adrien), ingé- nieur de la marine (1880); Badin (Etienne-Marie- J.), caissier central au Ministère de l'Intérieur (1881); Baschet (Armand), publiciste (1881); Joubert (Charles-Henri-A.), inspecteur en chef des services administratifs et financiers de la marine et des colonies (1881); Hall (Edouard) (1882); Vial (Jules-Paul), colonel du génie en retraite (1882); Lange (Alexandre), propriétaire (1882); Pomairol (Henri) (1883); Hugot (Joseph-Augustin-Na- poléon), capitaine d'infanterie de marine, au Tonkin (1883); Caillau (Georges), 1883; -r- Baratte (Jules-Arnould- Adolphe-A.), aide-commissaire de la marine (1883-1884).

Les intérêts financiers de notre association, gérés avec tant de sollicitude par M. Paul Mirabaud, président de la Section de comptabilité, sont dans les meilleures conditions possibles, en tenant compte des charges fort lourdes dont le budget restera longtemps grevé parla construction de l'hôtel qui nous abrite. La location de nos salles plus demandées que les années précédentes, apporte quelque allégement à ces charges.

La Société est actuellement en possession du legs Poirier; la a Fondation Poirier » existe désormais. Le premier explo- rateur qui bénéficie de la générosité du testateur est notre collègue, M. Désiré Charnay, l'un des plus anciens, des plus méritants parmi les explorateurs français.

D'autre part, la Société a touché le legs de 10000 francs qui lui avait été fait par M. Edmond Baquet, mort en 1884 ; elle appliquera ce legs à des publications scientifiques.

Enfin M. Grasset, mort en 1886, a laissé à la Société dont il a fait partie pendant vingt-cinq ans, une somme de 5000 francs. Le nom de M. Grasset s'ajoutera à la liste des bienfaiteurs que la Société a ouverte dans la salle de ses séances.

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 11

Nos richesses scientiâques auxquelles M. Jackson, notre collègue, consacre toute son activité, tout son dévouement, ont notablement augmenté depuis le précédent rapport. La Société de géographie a le droit d'être fière de sa biblio- thèque et ceux qui ont besoin d'y recourir rendront ce té- moignage qu^elle est largement ouverte aux travailleurs^

La tenue intérieure de l'hôtel, le soin des innombrables détails matériels de chaque jour incombent toujours à M. Charles Aubry, qui continue à s'acquitter avec autant de bon vouloir que de bonne grâce des fonctions laborieuses et délicates d'agent de la Société.

Au cours de Tannée votre Commission centrale a mis à l'étude trois questions, celle de l'orthographe des noms géo- graphiques, celle de la propriété des cartes, enfin celle des mesures à prendre en vue de l'Exposition universelle de 1889.

Parfois il arrive que les commissions spéciales aboutissent à des solutions. Ainsi en a-t-îl été pour notre commission de l'orthographe géographique. Après de longues discussions, elle a proposé et la Commission centrale a adopté quelques principes très généraux, grâce auxquels s'établira un com- mencement d'unité dans la manière d'orthographier les noms géographiques. C'est un progrès dans une question qui ne comporte du reste pas de solution complète.

Quelques auteurs avaient adressé à la Société des récla- matioDs ou des notes au sujet de la. propriété des cartes géographiques. Le sujet est fort délicat et une commission chargée de l'étudier soumettra prochainement son avis à l*examen de votre Commission centrale.

Enfin il y avait lieu, pour ceux qui administrent les inté- rêts de notre association, de se préoccuper de l'Exposition de 1889. Ils devaient notamment examiner l'opportunité, la convenance de convoquer, à cette occasion, le quatrième congrès international des sciences géographiques. Le deuxième congrès s'était déjà réuni à Paris par l'initiative de la Société, et le troisième ayant eu lieu à Venise, la

12 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

Société de géographie de Rome qui l'avait organisé devait régulièrement rester chargée de déterminer le siège du congrès à venir. Des négociations sont entamées avec cette Société.

Le chapitre des généralités enregistrera tout d'abord un événement universitaire auquel ne saurait trop applaudir la Société de géographie : c'est la création d'une chaire de géographie physique à la Faculté des sciences. La géogra- phie, dans notre système d'études, était un peu sacrifiée à l'histoire, et si excellent que fut le cours de géographie de la Faculté des lettres, il ne pouvait, il ne devait assigner à la physique terrestre qu'un programme limité.

Dans une allocution oti il a spirituellement fait justice des engouements sans mesure pour la géographie, M. La- visse, directeur d'études pour l'histoire, a exposé, à l'ouver- ture des conférences des lettres, l'esprit du cours qui vient d'être créé : « Étudier dans leur ensemble les grandes lois du monde physique, acquérir des notions précises et coor- données sur les relations de la nature avec l'homme, suivre l'action de l'humanité sur cette nature qu'elle exploite en la subissant, c'est partie intégrante de l'éducation que doit recevoir tout homme cultivé. »

La grande tâche d'exposer les connaissances actuelles sur les organes de la vie du globe, leurs fonctions, leurs relations, a été confiée à notre collègue M. Charles Vélain, qui saura certainement introduire dans ses leçons des mé- thodes et des aperçus nouveaux.

11 faut inscrire encore, aux généralités géographiques, l'intéressante discussion soulevée devant l'Académie des Sciences, à propos des observations faites à Nice par M. Hatt. L'éminent ingénieur hydrographe ayant constaté que la ver- ticale de cette ville est moins déviée qu'elle ne devrait l'être, en raison de l'action du massif des Alpes, en avait conclu que^ sous la Méditerranée, l'écorce du globe doit

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 13

présenter un surcroît d'épaisseur et que la couche terrestre s'y refroidit à la basse température des eaux profondes. Ces conclusions ont été attaquées par M. de Lapparent, ingénieur, auteur d'un excellent Traité de Géologie.

Au cours de son argumentation, il a émis cette thèse que les éléments sur lesquels la géodésie étaye ses mesures de la terre resteront insuffisants tant qu'un arc de méridien n'aura pas été mesuré dans l'hémisphère austral.

L'un des maîtres en ces matières, M. Faye, a vivement combattu les vues de M. de Lapparent et, pour être restée sans conclusions, cette polémique n'en constitue pas moins un exposé général des questions les plus ardues, les plus délicates que la collaboration des géodésiens et des géo- logues soit appelée à étudier.

Un demi-siècle environ s'est écoulé depuis l'apparition de V Atlas de géographie physique de Hermann Bergliaus, œuvre sans précédent et qui formait comme un complément du Cosmos de Humboldt. Après avoir alimenté une foule d'ouvrages de seconde main et rendu de grands services, cette œuvre, malgré un remaniement partiel opéré en 1852, avait vieilli et demandait à être remplacée. La maison Jus- tus Perthes, d'où elle était sortie, a commencé récemment la publication d'un nouvel Atlas physique, dressé sous la direction de M. Hermann Berghaus fils.^ L'Institut géogra- phique de Gotha est admirablement pourvu des éléments nécessaires à l'élaboration d'un pareil ouvrage ; les savants géographes auxquels les Mittheilungen doivent d'être un recueil de premier ordre, les cartographes habiles qui ré- digent V Atlas de Stieler réunissent toutes les lumières pour la mise en œuvre de ces nombreux éléments. Le Nouvel Atlas physique de Berghaus, dont les premières livraisons portent le millésime de 1886, réunit en les généralisant sous une forme élégante et claire, tous les faits constatés, toutes les observations recueillies dans les divers domaines de la physique terrestre.

14 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

La géographie de l'Europe en est depuis longtemps à une phase ses progrès ne sauraient guère être relevés d'une année à l'autre. Le sol et les populations de notre continent sont l'objet d'études minutieuses, méthodiques, continues, dont l'exposé annuel entraînerait le rapporteur en dehors des lignes générales imposées à un travail qui doit em- brasser le monde entier. Nous sommes ici sur un domaine la civilisation applique ses puissantes ressources à trans- former la terre, à l'accommoder aux besoins de l'homme. C'est ainsi que de vastes travaux sont entrepris ou projetés pour abréger les distances en réunissant les mers ou les fleuves, en coupant des isthmes et creusant des tunnels, pour rendre plus actif le mouvement du commerce, plus intense l'activité des centres de population.

Vous savez tous, par exemple, que cette année môme a vu décider la coupure de la presqu'île danoise, dans le but d'éviter aux navires de traverser le Sund et de doubler la pointe du Jutland pour passer de la Baltique à la mer du Nord. Vous savez également que, sous la haute direction du général Turr, le percement de l'isthme de Gorinthe se continue activement. Un grand projet dont la réalisation si désirable semble d'ailleurs possible est celui du <c canal des Deux-Mers », grâce auquel notre marine de commerce et de guerre pourrait communiquer entre l'Océan et la Méditerranée, entre Bordeaux et Marseille, sans avoir à contourner l'Espagne.

Dans l'est de l'Europe, M. Léon Dru a été étudier les moyens de faire communiquer le Don et le Volga, au moyen d'un canal qui permettrait le trajet par eau de la mer Noire h la mer Caspienne. L'achèvement de ces diverses entreprises et de celle qui a pour but d'ouvrir une voie na- vigable entre le lac Onega et la mer Blanche, rendrait possible la circumnavigation complète de l'Europe.

Tandis qu*on coupe les isthmes on cherche le moyen de franchir à pied sec les détroits ou les bras de mer. Les

ET SUR LES PROGRÉS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 15

auteurs de projets se sont largement donné carrière. Le inieux étudié de ces projets, celui d'un pont ou d'un tunnel sous-marin à travers la Manche, a rencontré les obstacles politiques que vous connaissez. On a parlé aussi d'un tunnel entre le Danemark et la Suède, entre l'Italie continentale et la Sicile, entre Constantinople et Scutari, entre TEspagne et le Maroc. Il n'est point permis d'ignorer ici ou d'oublier les efforts qui tendent à faire de Paris un port de mer en lui ou- vrant un accès direct vers la Manche ou vers la mer du Nord. En attendant d'avoir à enregistrer le commencement d'exécution ou l'accomplissement de ces divers projets, la géographie doit recueillir précieusement les résultats des enquêtes auxquels ils donnent lieu.

S'il est impossible, dans un rapport général, d'abor- der l'exposé des travaux géographiques relatifs à tous les États de l'Europe, votre rapporteur peut et doit faire une exception pour les travaux accomplis en France, notam- ment pour ceux du Service géographique de l'armée et du Service hydrographique de la marine.

Le Service géographique de l'armée, comme vous le savez, centralise tous les travaux de géodésie, de topographie et de cartographie exécutés au Ministère de la Guerre. On ignore généralement, dans le public, l'étendue comme la variété des opérations qui incombent à ce service placé actuellement sous la haute et savante direction du colonel Perrîer, membre de l'Institut*.

Toute carte dite d'état-major repose sur un réseau géo- désique qui assure rigoureusement la position relative des localités et l'orientation des lignes de la carte. Cette sub- struction dont l'établissement exige de longues années d'un miautieux labeur est terminée pour la France, mais nos géodésiens n'ont point cependant achevé leur tâche.

1- Depuis que ces lignes ont été écrites, le colonel Perrier a été promu au grade de général.

16 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

Ils doivent étudier de nouvelles méthodes d'observalion> revoir les portions défectueuses du réseau des triangles, participer aux opérations de mesure du sphéroïde terrestre, sauvegarder enfin chez nous les traditions d'une science éminemment française par ses origines et son premier déve- loppement.

La section de géodésie, placée directement sous les ordres du commandant Bassot, a continué cette année les re- cherches précédemment entreprises. Elle s'est constamment occupée de déterminer télégraphiquement et astronomique- raent la différence de longitude entre Paris et Dunkerque; cette dernière ville a été soigneusement fixée en latitude.

Des opérations non moins minutieuses ont été effectuées pour établir la latitude de l'observatoire de Montsouris, au nord de Paris.

Nul aujourd'hui n'ignore qu'il est indispensable pour les géodésiens de connaître l'intensité de la pesanteur sur les points ils opèrent. Des observations de pendule ont été faites à Paris et à Dunkerque.

En Algérie, les officiers géodésiens ont travaillé à la mesure d'une chaîne géodésique de premier ordre, ayant pour objet de prolonger jusqu'à Laghouat la méridienne de France qui s'arrêtait àMédéah.

Enfin des opérations ont été entreprises en vue d'établir la latitude de Laghouat et de déterminer l'intensité de la pesanteur soit en ce point, soit à Alger.

Depuis quelques années le service géographique publie une ■édition tirée sur des planches de zinc, de la carte de France à 1/80000; toutefois la mise à jour de l'édition gravée sur cuivre n'a pas été négligée, mais cette opération est fort lente en raison des difficultés inhérentes au mode de gra- vure sur cuivre et en raison d'autres nécessités de service.

Cent trente et une planches sont actuellement revisées, et une trentaine sont en cours de revision. Absolument usé par le tirage, le cuivre de la feuille de Paris avait être refait.

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 17

La gravure du trait a été terminée au mois de mars dernier, et la gravure de la montagne s'exécute en ce moment.

En attendant la revision de l'édition gravée sur cuivre, rédition zincographique, tenue au courant au fur et à mesure de la revision sur le terrain, répond à tous les besoins. Conformément aux règles établies, on a exécuté sur zinc, cette année, toutes les corrections signalées dans le courant de l'année précédente (1885) par la revision sur le terrain, et qui portaient sur cent quatre-vingts quarts de feuille de la carte.

Cette règle, qui permet, en principe, de mettre la carte de France à 1/80 000 complètement à jour dans chaque période de cinq années, a été, depuis le commencement de l'édition zincographique jusqu'à ce jour, rigoureusement observée. A la fin de l'année, les trois cinquièmes des feuilles de la carte auront paru en édition sur zinc, et revisées pour la seconde fois. A la fin de 1888 la carte aura paru en seconde révision, moins la Corse dont les feuilles n'auront subi encore qu'une seule revision sur zinc.

Onapublié une feuille Pam bis au 1/80000, dans laquelle Paris occupe le centre delà feuille. La montagne y est figurée par des courbes de niveau rehaussées par un estompage gris bleuté.

Pour la carte de France à 1/320 000, la gravure de la montagne de la Corse est entièrement terminée et la feuille sera incessamment publiée.

La section de cartographie s'occupe de la mise au cou- rant de la carte de la frontière des Alpes à 1/320 000 (iO feuilles en couleurs).

La gravure de la carte de France à 1/600 000 (en 6 feuilles), dont les feuilles II et IV ont seules paru, est poussée avec une grande activité. La feuille VI sera prochainement pu- bliée.

La nouvelle carte de France à 1/200000 et celle d'Algérie à 1/50000, en couleurs, sont aussi poussées activement.

soc. DE GÉOGR. 1" TRIMESTRE 1887. VIII. 2

18 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

Onze feuilles* de la première ont été publiées dans le courant de Tannée et portent à vingt et un le nombre des feuilles livrées au public. Une trentaine de feuilles, dont quelques-unes très avancées, sont en cours de préparation. La carte entière comprendra quatre-vingt-une feuilles, y compris la Corse.

La sixième livraison (6 feuilles) de la carte de l'Algérie àl/50000 a paru en 1886*, ce qui porte à trente-sixle nombre des feuilles parues jusqu'à ce jour. La septième livraison, composée également de six feuilles, paraîtra prochaine- ment.

La carte d'essai de la France à 1/50 000, imprimée en cou- leurs, qui comprenait jusqu'ici cinquante-six feuilles, va être augmentée de quatorze feuilles qui sont en cours d'exécution. Cinquante-cinq feuilles de cette carte ont paru.

La section de cartographie a exécuté en gravures sur zinc, en deux couleurs (les eaux en bleu), et publié une nouvelle carte des chemins de fer français à 1/1 250000, en deux feuil- les. Cette échelle permet, mieux que celle du 1/1 600000, qui devenait trop petite, d'indiquer les détails nécessaires. La carte à 1/1 600000 a été supprimée.

On a publié les cinq feuilles sud de la nouvelle carte de la Tunisie à 1/200 000, gravée sur zinc.

La carte de l'Algérie à 1/800 000 (4 feuilles) est en ce mo- ment l'objet de corrections très importantes et qui la mettent au courant des données les plus récentes.

Elle renfermera notamment ce qu'elle peut comporter des éléments d'une grande carte du Sud-Oranais à 1/200000, qui sera prochainement publiée en couleurs. Cette carte, qui se compose de quinze feuilles, est entièrement terminée pour le dessin et pour la gravure. Elle a été exécutée d'après les

1. Amiens, Melun, LiUe, Mézières, Paris, Orléans, Mftcon, Bourges, Annecy» Moulins, Berne. â. Azeffoun, Jemmapes, Ben-Haroun, Aïn-Bessem, Rio Salado, Arbal.

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCE» GÉOGRAPHIQUES. 19

levés et reconnaissances exécutés parles capitaines deCas- tries, Brosselard et Delcroix.

Une carte du Maroc à l'échelle de 1/500 000 (9 feuilles) est en cours de préparation sous la direction du capitaine de Castries, Elle contiendra toutes les indications recueillies soit par cet officier, soit par les voyageurs, notamment les itinéraires de M. de Foucauld.

L'empereur du Maroc recevra prochainement une magni- fîque carte murale de ses Etats, œuvre manuscrite, unique en son genre et qui a fait l'admiration de ceux qui ont été admis à la voir. Les montagnes y sont représentées en per- spective cavalière d'une façon intelligible pour qui n'a pas l'habitude de nos conventions géographiques. Quelques- unes des villes, Maroc par exemple, y sont représentées par des plans d'une grande délicatesse; les écritures sont en arabe et la carte est entourée d'un cadre richement orné.

En mars 1886, le service géographique publiait une carte générale du delta du Tonkin, établie à 1/500000 (1 feuille) à l'aide des documents réunis par les officiers du corps expéditionnaire. Plus tard, paraissait une nouvelle édition de la carte à 1/300000, publiée déjà depuis un certain temps.

De plus, les environs de Bac-Ninh, Than-Maï, Than-Hoa, un itinéraire de- Hué à Quang^Nam et les premières feuilles de l'itinéraire de la route mandarine de Nam-Dinh à Hué ont été exécutés à l'échelle de 1/100 000.

Enfin la belle carte de Tlndo-Chine orientale, par M. Du- treuil de Rhins, a reçu un certain nombre d'additions qui la naettent au courant.

Le colonel Perrier fait préparer, en ce moment, une carte de détail du fleuve Rouge à 1/25 000 (13 feuilles), entre le confluent de la rivière Noire et 14 kilomètres en amont de Liao-Kaï.

Une carte à 1/500000 (3 feuilles) du cours de la rivière Noire, depuis Hong-Hoa jusqu'en amont des rapides de Hoa-Trang, est aussi en cours de préparation.

20 RAPPORT Srîl LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

En temps et lieu paraîtra aussi une carte à 1/100000 (2 feuilles), donnant les travaux de la commission de délimi- tation de la frontière autour des That-Ké et de Lang-Son. La carte des environs de Lao-Kaï présentera également les travaux de délimitation ; elle sera publiée à la même échelle.

Enfin cette série sera complétée par la carte des environs de Phu-No-Quan à 1/50000.

Le service topographique du ïonkin, dirigé par le commandant Berthaut, prépare l'exécution d'une carte à 1/100 000 (44 feuilles) de la région occupée par nos troupes.

Les brigades topographiques ont continué leurs levés pour l'exécution de la carte régulière de l'Algérie; elles se composaient, pour cette année, de quarante-huit officiers sous les ordres du colonel Mercier.

Dans la province ^d'Oran les topographes ont opéré sur les environs d'Aïn-Temouchent et d'Aïn-el-Hadjar*.

Dans la partie occidentale de la province de Constantine (massif de la petite Kabylie) ils ont levé les environs de Bougie et les massifs montagneux qui séparent cette ville d'Aïne-Roua, par leChabet-el-Akra^.

Dans Test de la même province, les opérations topogra- phiques ont porté sur le massif montagùeux situé entre rOued-Zenati et Souk-Arrhas, au sud de Guelma^.

La superficie totale du terrain levé en Algérie a été de 2536 kilomètres carrés. Le nombre des feuilles de la carte d'Algérie actuellement terminées est de quatre-vingt-cinq.

Selon les instructions spéciales données par le colonel Perrier, dans l'intérêt de la géographie ancienne, les officiers ont porté leur attention sur les restes romains de l'Algérie. Ils ont ainsi reconstitué presque entièrement, pendant la

1. 1376 kilomètres carrés. t, 1940 kilomètres carrés. 3. 1920 kilomètres carrés.

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 21

Campagne de 1886, les deux voies romaines qui reliaient Bougie à Sétif ; Tune, citée dans Titinéraire d'Antonin, par Tubusuctus, l'autre par le col de K'frida et le poste d'Aqua frigidâ, qui garantissait Muslubio et toute la côte contre les incursions des tribus de la montagne. D'autres voies romaines à travers le massif montagneux entre Souk-Arrhas et Gonslantine, dans l'ancienne Numidie, ont été également reconstituées en grande partie.

Pour terminer le chapitre relatif aux travaux du Service géographique, il faut rappeler que la grande carte de l'Afrique (i/2 000000), dressée par le commandant de Lau- noy, avance aussi rapidement que le comportent les soins avec lesquels elle est établie.

A la fin de l'année M. de Lannoy aura achevé la planimé- trie de cinquante-trois des feuilles de cette carte, et tout fait espérer qu'avec l'année 1887 les soixante-deux feuilles qui composent l'œuvre seront achevées en planimétrie. Le travail de cette année comprend la représentation du désert libyque, de la pointe et de la côte des Somâli, du Maroc et du nord de l'Algérie et de la Tunisie, ainsi (jue de l'île de Madère. Comme précédemment, M. de Lannoy a garni les parties blanches de ses feuilles par quelques cartons donnant des plans de localités importantes. Les livraisons de sa carte d'Afrique continuent à paraître accom- pagnées de notices précieuses pour les géographes.

Le Service hydrographique du Ministère de la Marine, dont les travaux sont actuellement dirigés par M. Bouquet de la firye, membre de l'Iustitut, ne se montre pas moins actif que le Service géographique de l'armée; chaque année accroît la loantité déjà si considérable de ses productions en cartes ou instructions nautiques pour toutes les mers du globe. Il a publié, dans le cours de l'année échue, une cinquantaine de cartes exécutées soit d'après les levés de nos officiers de marine ou de nos ingénieurs hydrographes, soit d'après les

22 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

travaux des hydrographies étrangères. Le littoral français est constamment l'objet de levés nouveaux destinés à consta- ter les changements survenus dans ses formes, dans la nature et la profondeur de ses fonds. Les hydrographes ont fait, en 1886, des levés détaillés de la rivière de Trieur, de l'embouchure de l'Adour, et ils ont opéré une reconnais- sance rapide de l'entrée de la Gironde.

Dans la Méditerranée ils ont achevé de lever la côte de Tunisie. Cette grande opération, poursuivie depuis cinq ans avec le soin et la méthode qui ont présidé au levé des côtes de France, se résumera en une série de feuilles originales à 1/25000, qui représentent un développement de côtes de 750 milles marins, ou 1400 kilomètres.

Pour la partie de la côte comprise entre le lac Biban et la frontière de la Tripolitaine, l'opération a été dirigée par M. Héraud, ingénieur hydrographe, sous les ordres duquel travaillaient quatre ingénieurs, avec les officiers du Linois et de V Étendard,

A la côte africaine de l'Atlantique, outre les travaux du commandant Ilouvier dont ont trouvera l'exposé au chapitre de l'Afrique, il faut mentionner les études du lieutenant de vaisseau Voitoux sur le cours de la Loemmé et sur la baie de Marsab, les travaux de M. Guillon sur l'Ogôoué, de M. Ni- colas sur la rivière Muny et des officiers de VInfernet sur le banc de Rufi^que.

Dans la mer Rouge, MM. de Lajarte et Laporte ont dressé le plan de Tirahn, dans les parages de Madagascar. M. Le- boulleur de Gourion a relevé le plan de Manja et un plan des Comores. Le levé de la grande île de cet archipel va, du reste, être prochainement entrepris.

L'Indo-Chine a eu une large part dans les travaux hydro- graphiques à mentionner ici. Deux jeunes ingénieurs hydrographes, MM. Laporte et Gauthier, ont terminé le levé de la côte du Tonkin entre Hon-né et Hou-tsen; ils ont de plus établi plusieurs plans de détail. La reconnaissance

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 23

hydrographique de nos possessions de l'extrême Orient sera prochainement terminée. Dans les mêmes parages, un offi- cier de marine a tracé le cours de deux arroyos dans les- quels se réfugiaient les pirates.

En Chine, l'amiral Rieunier a fait exécuter des croquis de la rivière Quianho, des îles Ghusan et des îles Saddle.

A Terre-Neuve, enfin, M. Leclerc, capitaine de vaisseau, a levé le plan du petit bras et du grand bras de La Source, et complété celui de la baie des Iles.

A côté des travaux à la mer, il en est de très intéressants qui consistent à discuter les données antérieures pour en déduire des positions nouvelles ou plus exactes, et amé- liorer la cartographie dans l'intérêt de la navigation. De ce nombre estTœuvre de M. Gaspari, intitulée: Discussions et tables de positions géographiques dans les mers des Indes et de la Chine. M. Gaspari lui-même nous en a présenté un aperçu. Frappé de la discordance entre les diverses déter- minations effectuées dans ces parages, il a repris les obser- vations originales, pour les soumettre à une délicate opé- ration de contrôle et de discussion, et en déduire une table de 159 positions géographiques qui permettent aux marins d'apporter à leurs caries les corrections nécessaires. De semblables travaux méritent d'autant plus d'être si- gnalés^ qu'ils ne s'imposent point à l'attention générale et ne rendent pas toujours en honneur ce qu'ils ont coûté en labeur.

Est-il besoin de vous rappeler la communication si goûtée que nous adressait, il y a quelques mois, S. A. le prince A. de Monaco, sur ses études pratiques relatives au régime et à la direction du Gulf Stream ? Peu de personnes sont à même de participer aux recherches de ce genre, qui de- mandent des moyens d'action tout spéciaux, qui exigent surtout un grand zèle pour la science et une persévérante volonté. La croisière de VHirondelle, dont il nous a été rendu

24 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

compte, sera suivie d'autres campagnes, et les recherches du prince de Monaco ajouteront certainement à nos connais- sances encore trop limitées sur les immensités de l'Océan Atlantique, sur les courants qui le sillonnent, sur les êtres innombrables qui le peuplent.

Il faut rappeler, avant de quitter la France, que le 30 mai 1886 s'est effectué le dénombrement de la population de notre pays; il accuse un chiffre de 38 218 903 habitants, soit une augmentation de 546 855 habitants sur le chiffre donné par le recensement précédent, celui de décembre 1881. Le tableau de dénombrement nous montre que la population de 58 départements est en progression, tandis que celle de 29 départements est en décroissance. La France compte ac- tuellement 362 arrondissements, 2871 cantons et 36 121 com- munes.

L'Asie, comme d'ordinaire, a fourni au mouvement géo- graphique un grand nombre d'éléments dont il n'est pos- sible d'indiquer que les principaux.

En l'abordant par l'ouest, nous devons enregistrer tout d'abord un nouveau voyage sur la dangereuse terre d'Arabie. M. Edouard Glaser, naguère aide-astronome à l'Observa- toire de Vienne, a fait du Yémen le champ de ses re- cherches. Préparé par de sérieuses études, il n'a en quelque sorte pas cessé, depuis 1882, de parcourir cette province. Les Mitteilungen de Gotha ont donné, au début de l'année, un résumé du plus récent voyage de M. Glaser, qui a eu lieu d'avril 1885 à février 1886.

Comme les précédents, il eut pour point de départ le port assez animé de Hodeidah, dont l'explorateur signale à la commission sanitaire le quartier ea?ira muros, l'El Akhdâm, habile par une population misérable, et qui peut devenir un foyer d'infection épidémique. Aux portes de Hodeidah com- mence le Khabt, sorte de steppe " ' ^es seuls repré-

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 25

sentants de la vie sont d'innombrables grillons^ des serpents Tenimeux et des vers, dangereux aussi, longs de 10 à 12 cen- timètres. L'Aschaly qui ressemble à notre bruyère et dont les Arabes tirent du savon et du fard pour la toilette des femmes, est Tun des seuls produits végétaux du Khabt. Au sujet de toute la plaine côtière du Tehama, l'explorateur émet cette théorie, qu'elle est d'une formation géologique récente. Couverte autrefois par la mer, elle n'aurait émergé, par suite du recul des eaux, qu'il y a dix-sept siècles environ. Un phénomène analogue se serait produit aussi à Djeddah, à Port-Saïd, à Utîque et au golfe de Triton. Un grand nombre de localités citées par Pline, par Ptolémée et par l'auteur du périple comme étant sur la côte, devraient aujourd'hui être cherchées assez loin dans l'intérieur.

Les premiers échelons du Tehama constituent le terri- toire de Kborinya, habité par les Khorahs qui sont probable- ment, d'après M. Glaser, les Cyrœi de Pline et auraient été les premiers à défricher le sol mis à nu par l'abaissement des eaux. Autour de Hodjeilah, important marché dont l'altitude est de 600 mètres, le Tehama montagneux élève des sommets de 200 à 600 mètres, qui vont se confondre avec la série des massifs du Sérat.

Aux trois voyages de M. Glàser, notamment au dernier, la géographie aura gagné une carte itinéraire à grande échelle de la route entre Sa'dâ et Aden. Cette carte, appuyée sur une cinquantaine de positions astronomiques, est enrichie de nombreuses cotes d'altitude, obtenues au baro- mètre. Elle établit que les précédents voyageurs avaient trop reculé vers le nord et l'est les points de leurs itiné- raires, notamment San-â. A côté de ce document de pre- mier ordre, le voyageur a rs^porté une ample moisson de renseignements géographiques sur l'intérieur de la pénin- sule, depuis Sa'dâ^ Asîr et Yâm, jusqu^au golfe Persique, sur le pays de Mârib^ le Hadramaout et le désert Dehna. Pendant imeannéeM. Glaser a fait une série complète d'observations

i

26 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

météorologiques à l'altitude de 2200 mètres. Il a recueilli des informations fort complètes sur les origines, les mœurs, la religion des tribus, sur Tagriculture et les productions de la contrée. L'épigraphie de l'Arabie lui sera, pour sa part, redevable de quatre cents inscriptions sabéennes ou minéennes; la philologie s'est enrichie d'un vocabulaire de deux mille mots antéislamiques sabéens et d'une gram- maire de la langue parlée actuellement dans l'Arabie méri- dionale. Enfin l'histoire trouvera peut-être de précieuses révélations dans deux cent soixante-quatre manuscrits arabes recueillis par Tactif explorateur. M. Glaser se pré- pare à visiter de nouveau le Yémen; mais on peut, dès maintenant, ranger ses explorations parmi les plus com- plètes, les plus fécondes qui se soient accomplies dans l'in- térieur de l'Arabie. Les résultats n'en seront-ils pas publiés quelque jour avec tous leurs développements?

Il faut rendre aux Russes cette justice, qu'ils ne laissent pas dans le vague primitif la géographie des régions ils s'établissent. A peine arrivés, ils font exécuter des détermi- nations astronomiques qui affermissent rapidement la carte de la contrée; ils font entreprendre des études sur la météorologie, la géologie, la faune, la flore, les habitants des contrées, et s'initient vite ainsi aux ressources de leurs lointains domaines.

Ils étudient l'Asie sur des étendues bien autrement con« sidérables, et peut-être avec plus de méthode que les Anglais. Leurs reconnaissances, qui comprennent tout naturellement la Sibérie et l'Asie centrale, se portent aussi sur les routes entre ces contrées et l'empire chinois ; elles s'étendent jus- qu'aux rives des mers de Chiite. Chaque année enregistre une série de fructueux voyages accomplis par des Russes et dont les résultats accroissent toujours les notions de la géographie sur des pays neufs ou à peine connus.

Pour cette année, le rapport du savant secrétaire général

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 27

de ia Société de géographie de Saint-Pétersbourg, M. Gri- gorieî, a fait connaître plusieurs explorations qui doivent êire signalées à côté de celles dont nous avons eu connais- sance par les renseignements toujours si nets, si justes, de notre collègue M. Veniukoff.

L'Asie centrale, vers laquelle nous allons nous avancer, se signale par un fait général sur lequel il importe d'attirer l'attention des explorateurs et des géographes. Avec sa par- faite connaissance des documents et du terrain, M. Veniukoff a exposé devant l'Académie des Sciences, et dans la Revue de Géographie de M. L. Drapeyron, la marche d'un puissant phénomène de physique terrestre. Sur dix millions de kilo- mètres carrés du territoire de l'Asie centrale, les lacs se dessèchent rapidement, le sol est de plus en plus envahi par les sables et le désert est en train de dévorer les dernières oasis. Les cartes anciennes et les travaux récents constatent Tactivilé du mal, l'imminence du péril qui menace l'avenir économique de ces contrées. M. Veniukoff montre que les steppes au nord de la mer Caspienne se sont sensiblement modifiées en quelques années, que rapidement aussi la baie d'Astchi s'est desséchée, comme les golfes de Barsouk et d'Aïbouguir. Le vaste Balkash est entamé par ce phéno- mène et des groupes de lacs de la Dzungarie voient leur plan d'eau s'abaiàser^ leurs bassins se morceler et se réduire. Des recherches spéciales poursuivies par M. N. Yadrintzef, que cite M. Veniukoff, montrent que les lacs sibériens, notamment le Tscbany, situé entre l'Obi et l'Irtish, subis- sent les mêmes influences.

M. Veniukoff se demande quels seraient les moyens d'arrêter ce dessèchement des lacs, cette invasion dessables qui menacent d'un péril certain et redoutable une sur- face de pays égale à l'Europe. Après avoir constaté Tinsuf- fisance des résultats obtenus jusqu'ici dans la lutte déjà en- gagée, il estime que les efforts doivent tendre à augmenter

28 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

la surface de la mer Caspienne «: en rétablissant d'une façon partielle son ancienne communication avec la mer Noire > et à « détourner le fleuve Don de son lit actuel vers le Volga ».

Au sujet de cetle dernière entreprise, notre collègue M. Léon Dru nous exposera d'ici à quelques mois sans doute, d'après ses minutieuses études sur le terrain, les difficultés qu'elle présente, les chances de succès qui peu- vent la recommander.

Les territoires de la Perse voisins de TAfghanistan, dans le sud-ouest d'Hcrat, entre le cours du Heri Rud, le Seistan et le Lut étaient à peine connus avant les deux missions accomplies par le colonel C.-E. Stewart de 1882 à 1885. Dans la première M. Stewart, partant de Khaf, a longé le Kwaja Shahaz Kuh, gros massif dominé par un pic d'envi- ron 2400 mètres; il a franchi un second massif également considérable, TAhinguran Kuh, et s'est avancé jusqu'à Birjand, chef-lieu actuel du district de Kain dont la popu- lation est, en partie, d'origine arabe. Assez élevé, le Kain est doté d'un climat brûlant en été, glacial en hiver. Au sud il est borné par le Lut ou désert, que visita M. Stewart. Le voyage y fut particulièrement pénible et dangereux ; l'expé- dition faillit périr de soif et de fatigue, car des guides igno- rants ne surent pas la conduire à l'emplacement du puits. Il fallut pendant quelques jours se contenter d'une eau pu- tride, après des marches harassantes effectuées sous un soleil de feu, par une température suffocante. Ce fut par hasard que la colonne rencontra de petites sources d'eau douce. Au delà du désert, non loin d'une chaîne de hau- teurs, est le village de Naiband M. Stewart et sa caravane purent prendre quelque repos. Peuplé de 400 habitants, ce village est baigné par un petit cours d'eau. Les dattes sont la principale ressource de la population, mais aux portes mêmes de Lut, la neige avait été si abondante l'un des

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ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 29

hivers précédents, qu'un grand nombre de palmiers avaient péri. Naiband, situé à Tattitude de 900 mètres, occupe une plaine aride, nue, semée de collines rocheuses hautes de 300 à 360 mètres. Si pauvre, si déshéritée que soit cette sorte d'oasis, elle n'en sert pas moins à rendre possible en éléle trajet de Birjand à Karman. Les habitants de Naiband n'avaient jamais vu d'Européen avant la visite du colonel Slewart. D'après certains noms fournis par une caravane qui se trouvait à Naiband lors de son passage, levoyageur estime que celte localité dut être l'une des étapes de Marco-Polo.

Les données réunies par M. Slewart sur le Lut complètent celles qu'avait recueillies en 1861 le regretté Nicolas de Khanikof, dont l'itinéraire à travers le désert passe un peu plus vers Test. Le général Goldsmid dans sa mission au Seistan avait également abordé le Lut, fraction de cette zone désertique qui prolonge à travers l'Asie les sables de l'Afrique et de l'Arabie.

Au retour de cette rude exploration, le colonel Stewart parcourut encore le pays situé entre Duruh, Tabbas, Gazik elYazdun, non loin de la frontière afghane. Il faut cons- tater ainsi l'existence d'une dépression salée à laquelle viennent aboutir les eaux qu'envoient vers Test les massifs deKwaja Shahazet d'Ahinguran. Cette dépression, qui porte le nom de Dak-i-Khursha, est un lac en hiver et en été un marais salant, sorte de sebkha comme il s'en trouve plu- sieurs de la frontière du Seistan au coude de Heri-Rud.

Une seconde mission conduisit le colonel Stewart à Mohsinabad, village situé à 130 kilomètres dans le nord- ouest de Hérat. Il partit de pour explorer le Badghis, dont il a été si souvent question à propos du conflit qui nienaça d'éclater entre la Russie et l'Angleterre. Dans ces courses avec des cavaliers persans à la poursuite de pillards iwkmen, il a eu l'occasion de faire d'intéressantes obser- vations sur les mœurs des uns et des autres. Il a constaté, tntre autres faits, que les Turcomans, excellents cavaliers.

30 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

préfèrent cependant combattre à pied et sont, dans ces con- ditions-là, des adversaires redoutés des Persans.

En qualité de commissaire délimitateur de la frontière afghane, le colonel Stewart a résidé à Hérat depuis sir Lew Pelly, en 1860, n'avait pénétré aucun officier anglais. La ville construite sur une colline qui supporta, dit-on, six autres villes antérieures, avait au commencement du siècle une population évaluée à 100 000 habitants ; ce chiffre est aujourd'hui réduit à 12 000. Ses environs, cultivés comme un jardin, produisent en abondance des fruits excellents et d'espèces variées. Des Persans en majorité, des Afghans et quelques Ghahar Aïmak peuplent Hérat, au sujet de laquelle M. Stewart a recueilli des informations très intéressantes. Il a terminé son mémoire en déclarant nécessaire de pro- longer jusqu'au raccordement avec les lignes russes le che- min de fer qui s'arrête actuellement à Quettah. Cette entre- prise serait facilitée par l'existence de mines presque iné- puisables de pétrole. Ce vœu sera réalisé, car la voie ferrée anglaise va être continuée entre Kettah et Kandahar. Les forces de l'Inde pourraient ainsi se porter rapidement sur Hérat ou menacer sur ses flancs une armée qui tenterait l'accès de l'Inde par la passe de Kaïber.

A l'actif de l'année il faut inscrire, pour l'Asie centrale, un événement considérable qui relève à certains égards de la géographie. Vous avez pu voir, dans l'un de nos comptes rendus, une intéressante notice sur le chemin de fer trans- caspien, adressée à la Société par M. le général Annenkoff^ le promoteur et l'âme de cette immense entreprise. La ligne est aujourd'hui livrée à la circulation jusqu'à Merve ; elle sera bientôt prolongée jusqu'à l'Oxus et détachera des rameaux dans plusieurs directions. L'ouverture de cette ligna est un fait auquel l'opinion n'a peut-être pas prêté toute l'attention qu'il mérite et dont la mention ne devait pas être omise ici. Chacun comprend qu'en dehors de son im-

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 31

portance économique et polilîque, le nouveau chemin de fer hâtera rétude de contrées effleurées à peine par les voyageurs. Dans la partie de la région transcaspienne située au sud de l'Aral, dans les Khanats de Khîva et de Bukhara, s'est exécuté un travail de grande importance géographique, qui devait être mentionné ici. Un officier de l'état-major russe, le capitaine Gédéonof, a déterminé de nombreuses positions astronomiques sur lesquelles viendront s'appuyer, soit les itinéraires des voyageurs, soit les travaux géodésiques et topographiques qui seront certainement entrepris un jour, en vue du levé régulier de la carte de ces contrées.

Dans l'est de la mer Caspienne, le colonel N.-N. Bié- liavski, en mission du ministre de la guerre, a étudié la région située entre le golfe Tsézarévitch, l'ancien Mertvi Kultuk, et Kunia-Ourghentch, ainsi que partie de l'Amu- Wa jusqu'à Tchardjuï.

Il s'agissait surtout de reconnaître la navigabilité du Tsézarévitch et M, Biéliavski a constaté que c'est surtout à l'époque des vents de l'est que le golfe diminue sensible- ment. Ses eaux, néanmoins, peuvent en tout temps être parcourues par des vapeurs de 5 pieds de tirant d'eau.

Le colonel Biéliavski a constaté, de plus, les ressources

qu'offre la région de l'Ust-urt, qui jouit d'un climat très

salubre, que sillonnent des routes praticables jalonnées par UQ grand nombre de puits.

Quant à l'Amu-Daria les levés de l'expédition ont con- staté que ses deux rives présentent presque partout une différence très sensible; tandis que la rive droite est couverte de sable, sur divers endroits, même occupée par des hauteurs, la rive gauche, au contraire, se prêterait à la culture. Le fleuve est navigable et les sondages opérés ont donné un minimum de profondeur de 4 à 5 pieds.

C'est aussi la région transcaspienne que M, A. M. Konchine

32 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

a explorée de 1881 à 1885. Les recherches auxquelles s'est livré le voyageur l'ont amené à conclure, après plusieurs autres, que tout le bassin aralo-caspîen avait été autrefois submergé. Il considère comme une erreur la supposition que les thalwegs actuellement à sec, connus sous les noms d'Ousboï, Tchardjuï-daria, Aktama, Ghiaoura et d'autres, aient jamais charrié les eaux de TOxus. Il appuie sa thèse sur l'absence de toute trace d'eau douce dans ces lits; aucun indice,d*ailleurs, ne fait supposer que les bords des prétendus cours d'eau aient jamais été habités. D'un autre côté, le voyageur a reconnu dans ces parages l'existence d'une faune sous-marinc;lasaluie de l'eau ainsi que les dépôts semblables à ceux de la presqu'île Dardj témoignent de l'ancienne exis- tence d'une mer. Les terrains ont le même aspect que les terrains baignés par la mer. On y constate, en revanche, l'absence de toute alluvion fluviale.

La région appelée actuellement Kara-kum était recou- verte par la mer. Le dessèchement se serait opéré par la force des vents; peut-être aussi le sol aurait-il subi un exhaussement.

Quant à la formation des thalwegs ou lits, M. Konchine l'explique par la série des lacs qui, suivant les sinuosités de rUst-urt, s'étendaient le long des anciens bords de la mer. Il faut ajouter que cette théorie a été vivement com- battue par divers savants russes, notamment par M. Steb- nitzki.

M. Konchine doit être reparti en compagnie de M. Radde pour continuer ses études sur la question.

Le 27 mars dernier, MM. CapusetBonvalot, avec un dessi- nateur, M. Pépin, se mettaient en route pour accomplir dans l'Asie centrale une nouvelle mission du Ministère de l'Instruction publique. De Téhéran, ils arrivaient le 11 avril, un trajet de vingt-cinq jours, par une route détes- table, parcourue sur un fourgon tartare, les conduisit à Me-

1

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 33

shed, en longeant le Khévir, vaste dépression saline, presque entièrement dépourvue de végétation. Meshed, la capitale du Khorassan, est, disent MM. Caques et Bonvalot, la ville la plus fanatique qu'ils aient rencontrée dans l'Asie cen- trale. Un infidèle serait, à coup sur, écharpé s'il mettait le pied dans la partie de la ville appelée a Best y>, repose, sous des coupoles bleues et dorées, Timan Riza. De toutes les contrées de la Perse, les pèlerins accourent en foule au tombeau de ce saint. A Meshed, il fut interdit aux voyageurs de se servir de leur appareil photographique. Leur désir de pénétrer dans l'Afghanistan pour explorer les sources du Kushk et, si possible, visiter Hérat, rencontra des difficultés d'une autre genre : la permission leur fut refusée, ce qui les contraignit à se diriger sur Saraks, ils arrivèrent le 17 juin.

Autant le Saraks persan, sur la rive gauche du fleuve, est décrépit et misérable, autant le Saraks russe, qui se trouve à environ 3 kilomètres de là, sur la rive droite, est jeune et vivant. Les maisons se sont alignées rapidement et la ville a* un grand avenir commercial. MM. Gapus et Bonvalot ne tardèrent pas à se mettre en route pour Merve, en longeant le Tedjen, dont les eaux rapides rongent les rives en falaises.

Puis la route s'engage dans les sables du Kara-kum et pendant 90 kilomètres on ne rencontra d'ordinaire plus d'eau. La chaleur y est excessive. Les voyageurs y obser- vèrent 38° à 9 heures du matin et 42°,2 à 1 heure du soir, àTombre. En outre, le vent chaud du nord-est soulève des nuages d'une poussière brûlante qui voile le soleil. Les abords de Merve sont parfois rendus difficiles et malsains par les crues de Murghab qui en inondant la plaine, forment dévastes marécages. La Merve russe augmente rapidement: elle a déjà des rues bordées de nombreuses boutiques. Plu- sieurs hôtels se sont établis et le chemin de fer trans«aspien va donner beaucoup de vie à cette localité autrefois déserte.

soc. DE GÉOGR. 1" TRIMESTRE 1887. VIH. 3

34 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

Le commerce y paraît être principalement entre les mains des Arméniens.

Une nouvelle tentative pour pénétrer dans TAfghanistan par Andchuï et Maîmené n'ayant pas eu plus de succès que la première, MM. Gapus et Bonvalot se dirigèrent sur Tchardjuï à travers le désert, qui commence à 25 kilo- mètres du Murghab. La température, très élevée, attei- gnait, vers le soir, jusqu'à 46° à Tombre. Le vent du nord, chauffé au contact des sables, rend la respiration pénible. L'eau est rare et les caravanes se traînent d'un puits à Tautre. Sur une distance de 250 kilomètres, on ne trouve d'eau potable qu'à Rebet^k. A Tchardjuï, les voyageurs tra- versèrent l'Amu-Daria ; il leur fallut six heures pour opérer le passage, tant les eaux étaient encore abondantes et rapides. Avant d'arriver à Karakul, ils constatèrent que, depuis leur dernier passage, les sables mouvants s'étaient avancés consi- dérablement vers le Sud et que des villages, alors habités, sont aujourd'hui déserts et à moitié ensablés. Le 12 août, MM. Gapus et Bonvalot arrivaient à Samarcande. Ils trou- vèrent cette ville comme transformée depuis que les Russes y sont établis : la ville est agrandie; les monuments ont été réparés tant bien que mal; des boulevards ont été tracés au travers du fouillis des masures indigènes, des squares ont été dessinés à la place des terrains vagues. Cependant nos voyageurs n'a\aient pas abandonné le projet de pénétrer, à leurs risques et périls, dans l'Afghanistan par le Hissar et la vallée de Surkhan. Le prochain rapport enregistrera les résultats de cette dangereuse tentative.

Tel est le résumé de l'itinéraire de ces voyageurs si méritants. Nous ne saurions douter qu'ils n'aient, comme à leurs précédentes missions, recueilli un grand nombre d'informations précieuses pour la géographie et qu'ils ne rapportent de belles collections pour nos musées.

Le lac Balkash et ses abords ont été le champ d'études

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 35

faites par M. Krasnof, et qui ne sont pas sans intérêt pour Ja géographie. Elles ont établi que le Kara-Su indiqué sur les cartes n'existe pas; M. Krasnof n'a vu que le lit desséché d'une rivière Kara-Sau. Il a constaté, en outre, que les ri- Tières qui descendaient des monts At-Lesken sont depuis longtemps taries. L'Ala-Kul, petit lac salé qui commu- niquait avec le Balkash, est complètement à sec. La mission de M. Krasnof nous apprend aussi que depuis trois ans Tlii a cessé d'avoir ses débordements ; en revanche son affluent le Kurlu devient tous les jours plus abondant. La branche nord du delta de l'Ili tend à devenirla plus importante, la branche sud se transformant en marais stagnants.

C'est dans le Karatéghine, le Darwaz, le Hissar, le Ku- liab, le Baldjuan, les beylicats de Chakhsiabs^ Karchi, Gusar, Chir-Abad, Kabadian, Kurgan-tubé que M. Groum Grjiaiaylo a dirigé ses recherches d'ordre zoologique et botanique; toutefois, il était accompagné d'un officier topo- graphe, M. Rodionof, dont les itinéraires encore inédits nous apporteront des renseignements sur plusieurs points entière- ment nouveaux pour la géographie, comme le Babatag, qui sépare les vallées du Surkhan de celle du Kafirnihan, comme la haute région située entre le Vakhch et Kitchi- Surkhab, sur laquelle les voyageurs ont découvert, outre plusieurs lacs salés, un affluent du haut Amu-Daria, le Taïr-Su.

L'an dernier nous avions laissé l'explorateur russe Polanine à Sinin, dans le Khansu, non loin des frontières du Thîbet oriental. De ses deux collaborateurs, l'un, M. Scassi, officier topographe, était resté à Lantchéu; l'autre, M. Béré- zowski, naturaliste, s'était dirigé sur Koïsian, localité située à 600 ou 700 kilomètres au sud-est de Lan-Tchéou, dans une contrée à peine connue.

M. Polanine lui-même arrivait, à la fin de novembre 1884,

36 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

au village de Nitchja, chez les Mongols Amdos, que le CO' lonel Prjévalski a désignés sous le nom de Daldintzes et qui occupent une vaste étendue de pays. D'origine fort ancienne, les Mongols Amdos forment un intéressant sujet d'études pour l'ethnographie. Dans l'ouest de leur territoire ils se livrent à l'agriculture et à Félevage des bestiaux. Leur langue est un mélange de chinois et de mongol archaïque. Ils sont administrés par des <!: anciens » appelés tousses, investis de fonctions héréditaires et qui sont censés descendre d'un prince à moitié historique, à moitié légendaire. Un certain nombre d'Amdos professent la religion islamique, d'autres le lamaïsme, d'autres enfin pratiquent divers cultes plus anciens, probablement importés de l'étranger.

Au printemps de 1885 M. Potanine et M. Scassi qui l'avait rejoint, étaient de retour à Sinin ils obtinrent l'autorisa- tion de traverser une partie du Tibet oriental, pour se rendre dans le sud, à Min-Tchéu. Entre Guï-duï lui fut donnée une escorte de vingt miliciens tangoutes, et Min- Tchéu qui est situé dans la vallée du Tao-Ké, l'expédi- tion traversa des hauts plateaux (tanas) d'environ 3000 mè- tres d'altitude. Dans l'ouest de sa route, elle apercevait les sommets neigeux d'Amni-djakar et d'Amni-tungling. La route suivie passe par la petite ville de Bunan et les couvents lamaïques de Labran et Djoni. Labran est la rési- dence d'ufl personnage religieux considérable, un hehen qui administre le pays et commande une troupe spéciale.

C'est au couvent de Djoni que M. Bérézowski rejoignit ses compagnons de route. De Min-Tchéu M. Potanine des- cendit au sud, mais dut, faute de ressources, s'arrêter à Sun-pan-tin, centre important pour le commerce du thé entre la Chine et le Tibet. La contrée qui s'étend de Min- Tchéu à Sun-pan-tin est un labyrinthe de montagnes diffl- ciles, couvertes de forêts et coupées de vallées profondes ; les chemins y sont à peine praticables pour les bêtes de somme. A une vingtaine de kilomètres de Sun-pan-tin

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 37

nall la rivière Ksern-tzo, formée d'une série de lacs pitto- resques qui occupent le fond de vallées séparées par des digues naturelles.

De Sun-pan-tin la mission russe, s'étant un peu avancée vers l'est, regagnait Lan-tchéu par Lun-en-fu, Vensian, Fzié- tchéu, Gun-tchan-fu et Di-dao-tchéu, localités échelonnées sur une direction à peu près parallèle à la roufe que M. Po- lanine avait suivie pour gagner Sun-pan-tin. Le 20 octobre 1885, elle était rendue à Lan-tchéu, et prenait ses quartiers d'hiver au couvent de Gumbun à quelque vingt kilomètres deSinin.

Les voyageurs effectuèrent leur retour en côtoyant le Mu-nor qu'ils trouvèrent encore gelé le 22 avril, en fran- chissant de hauts chaînons du Nan-chan et en traversant dans toute sa largeur le désert de Gobi pour atteindre enfin la frontière russe à Kiakta.

Votre rapporteur a se borner à esquisser vaguement ce voyage au sujet duquel les informations précises font encore défaut; on sait déjà, cependant, que la géographie y gagnera des documents de haute valeur sur une partie de l'Asie à peine entamée par Texploration.

Le rapport précédent quittait le colonel Prjévalski * aux inontagnes de Kiria, dernière étape dans la partie de son voyage le grand explorateur avait foulé un terrain presque entièrement inexploré et sur la géographie duquel, en tout cas, il aura été le premier à rapporter des informations pré- cises. 11 ne lui restait, pour regagner Aksu, qu'à traverser le Khotan dont Toasis, avec ses 600, 000 habitants, est certai- ûement l'une des plus considérables de l'Asie et du monde 6Qlier. Le 29 octobre, la mission, franchissant la frontière russe, se retrouvait au sud de l'Issyk-kul, en territoire russe.

i. Le colonel Prjévalski a été, depuis son retour, promu au grade de général.

38 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

L'éminent colonel n'a point encore fait connaître en détail le récit de son expédition à la rédaction duquel il travaille activement et dont la publication sera l'un des faits géographiques de Tannée prochaine.

On assure qu'un voyageur anglais, M. Carey, a suivi pas à pas la route de M. Prjévalski et se dispose à relever des erreurs de l'officier russe. L^ comparaison entre les données des deux voyageurs présentera un véritable intérêt pour les géographes.

Ainsi que les précédents, les derniers rapports officiels sur les levés de Tlnde nous mettent au courant non seule* ment des travaux géodésiques et topographiques exécutés aux Indes, mais encore des explorations qui se poursuivent sans relâche sur les frontières de Tempire et débordent sur les contrées voisines, préparant parfois des changements de frontière.

Dans la région de Darjiling le major Tanner a continué la triangulation de l'Himalaya, tandis que dans le Sikkim M. Robert achevait ses levés topographiques. Sous leur direction, un paundit hindou désigné par les initiales R. N. a fait plusieurs explorations dans le bassin de la Tista, entre Darjiling et la passe Hongra-la-ma qui donne accès sur le Tibet, au nord du Sikkim. Quant à ce dernier pays, les principales routes et passes qui le mettent en communi- cation avec le Nepaul, le Tibet, le Butan sont aujourd'hui étudiées.

colonel Tanner a fait aussi connaître, dans l'un des General Reports^ les résultats fort importants des voyages d'un autre paundit désigné par le nom générique de « le Lama ». Ces voyages ont été marqués, en particulier, par de véritables découvertes dans la partie du Tibet située entre le Sikkim et L'Hassa. Les cartes de ce pays donnent toutes, d'après celle de d'Anville^ un lac caractérisé par sa forme annulaire ; c'est le Yamdok-Tso ou lac Palté, dont les expie-

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES 39

rateurs, depuis Manning, n'avaient jamais vu que la partie nord-ouest. Le Lama, ayant pu effectuer le périple du lac, a constaté qu'il n'est rien moins que circulaire. Il s'étale dans Test en une immense nappe d'eau triangulaire, dont la base détache vers l'ouest deux grands bras enveloppant une presqu'île montagneuse.

Le Yamdok-Tso présente ainsi approximativement les contours d'un scorpion ; de son nom, car Yamdok, en tibétain, signifie scorpion. Situé à l'altitude de 4206 mètres, d'après le Lama, il mesure 275 à 300 kilomètres détour, en suivant les inflexions de ses rives. La presqu'île isolée par le Yamdok supporte elle-même un petit lac, le Dumu-Tso, élevé de 152 mètres au-dessus du lac principal. Le Dumu- Tso, en raison de cette différence de niveau, inspire une crainte superstitieuse aux Tibétains, qui entrevoient dans ses flots le génie de l'inondation. La vallée du Rong-Tchu, qui fait communiquer le Yamdok-Tso avec le Yaru-Tsan- Pu, offrirait cette particularité que, selon les niveaux va- riables du lac et du fleuve, les eaux couleraient alternative- ment dans un sens et dans l'autre.

Telle est, du moins, l'opinion du Lama, et le colonel Tanner Tadopte.

Le voyageur hindou, peu accessible probablement aux impressions artistiques, n'en a pas moins été frappé des splendides paysages du Yamdok-Tso, qu'entoure à distance variable un amphithéâtre de montagnes immenses. Vers l'est pourtant, elles s'ouvrent pour donner passage aux cours d*eau qui viennent alimenter le lac Le Lama, en quittant le lac Yamdok, se dirige au sud et pénètre par le col de Yeh-Ca, haut de 5180 mètres, dans le bassin d*un lac encore inconnu, le Pho-Mo-Ghang-Tang qui, situé à 4892 mè- tres, mesure 74 kilomètres de tour. Enceint de montagnes, A est sans. écoulement. De ce lac, le voyageur passe dans la haute vallée du Lhobra, d'oîi il peut voir l'une des quatre montagnes saintes du Tibet, le Ku-Lha-Kangri dont les

40 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

cimes paraissent atteindre 7000 à 7300 mètres; puis il s'a- vance dans le sud jusqu'à Lha-Kangyong, à deux jours de la frontière du Butan. De l'extrémité méridionale de son long itinéraire, il a vu le Lhobra s'enfoncer à travers des gorges étroites dans la direction probable du Brahmaputra. Un bras oriental du Lhobra conduisit le voyageur à une sorte de vaste désert au milieu duquel s'étend un lac, nou- veau pour les géographes, le Tigu-Tso, silué à 4724 mètres d'altitude. Au delà s'ouvre la plus riche, la plus populeuse des vallées du Tibet, la vallée de Yarlung, qui envoie ses eaux au nord, dans le Yaru-Tsan-Pu-Tchu. Les fruits croissent en profusion dans la partie basse de la vallée des couvents nombreux abritent des milliers de lamas.

11 faut mentionner, avant de quitter les frontières du Tibet, la tentative de mission dirigée par M. Macaulay, chargé de proposer au souverain spirituel de L'Hassa l'ou- verture de relations commerciales avec l'Inde. Montée sur un grand pied, cette mission fut retenue à Darjiling par d'interminables négociations dont la finesse des Chinois et des Tibétains réunis fut un important facteur. La conven- tion entre la Chine et l'Angleterre, à la suite des affaires de Birmanie, stipula le renoncement à la mission Macaulay.

Les tentatives des explorateurs anglais dans le but de relier l'extrémité nord-est de l'Assam avec la frontière occi- dentale de la Chine n'ont pas toujours été couronnées de succès. C'est ainsi que M. Needham qui, en 1884, avait fait une tournée chez les Abors, entre le Dihong et le Dibong, n'a pas réussi, en 1885, à atteindre Rima dont il s'est approché cependant de fort près. Ce voyage, dont Suddya, sur la Lohit^ou rivière Brahmakund, fut le point de départ, ne nous est connu que par l'obligeance de M. Harmand, consul général de France à Calcutta, qui avait envoyé à la Société la traduction d'un article du journal The English-

y \P ^^ ^*^~^ÈS DES SCIENCES GÉOGRÀPHfQUES. 41

4 r o^^ ^^ ^^ malheureusement insuffisant pour (Z' ^ «v\^^^t-^ ^^=^^ r les résultats de la tentative de

fl*^^' gi^,^^ ^ ^ G^^\^^^^"^^® ^^^^^ ^^^^ ^^^ voyage à travers les

\

^^r^e^^^ 6 ^ c'^'^W ^^^ ^^^^> ^"^ suivant peut-être le sentier

^ t^é^^ t^ ^^ Q«Xv ^ ^ Wilcox en 1826, et qu'ont suivi plus

^\'n\^^ ^ \S^ ^ ?^^^*"«s Krick et Bourrit- Nous voyons,

\ard ^^^ va^^^^ ^ VEnglishman, que M. Needham est

à'aç^^^ Ae^ c^'^^^^Xvs de Rima à Suddyaen quatorze jours

/»veO^ a^^^^ ^^Vtiterrompue. Celte indication donnerait

à'viae ^ ^^ Gordon (Proc^^dmgf^, mai 1885) qui juge trop

cïiisotv ^^gs ^6^ positions portées sur la carte anglaise

occ\d^ ^'après les notes du paundit Krishna.

dress ^^^^^dant qu*il soit possible d'étudier le voyage de

TVeedbaoa sur un document complet, nous signalerons

reconnaissance exécutée un peu plus au sud, de janvier

à. avril 4885, par MM. Woodthorpe, Mac Grégop, etc., entre

SaddyA et le Nam Kiu, branche occidentale de rirauady par

la passe de Longajak (2750 mètres).

t,a carte de cette reconnaissance montrera un sérieux progrès topographique, bien qu'au point de vue géogra- dW^^^ elle ne doive rien donner de nouveau.

Etx ^ffet, les travaux exécutés en 1826 entre le Pakaï et le

Xam H^^ ^^ seront pas sensiblement modifiés par les

résulta ^-^ de MM. Woodthorpe et Mac Grégor qui ont suivi

^ x*oi^te très voisine de celle da Wilcox, pour se rendre

de 1^ passe de Longajak à Muang Lang qu'ils appellent

maîo*^^^^^ Lang-Nu.

É^xyxr^^ Manki, dont la latitude avait été observée par

Wilco^^ Lang-Nu est la localité la plus septentrionale

- 2»Ir-si^2idy (au sud du 28* degré) dont la position soit

A^t^rtxxi^^^ en latitude et longitude. Cette position (27*16'

j __^ 95°18' à l'est de Paris, altitude 498 mètres) diffé-

- Q^i» de celle que Wilcox lui avait assignée. On lira avec

, A t <î2Lns la relation de M. Mac Grégor {General Report,

QS^S^y^ l^s nombreux renseignements qu'il a recueillis

42 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

auprès des indigènes de Lang-Nu sur les pays, les popula- tions et sur les branches orientales du Nam-Kiu (Irauady).

Se trouvant à Lang-Nu en hiver, c'est-à-dire dans la saison il tombe le moins de pluie et les neiges du Tibet n'alimentent pas les cours d'eau, M. Mac Grégor constate que le Nam-Kiu avait 78 mètres de largeur et une profondeur de 1°,50 à 2 mètres (?) et que les indigènes donnent à peu près les mêmes dimensions aux branches orientales du fleuve, le Nam Tisan (Disang) et le Phong- mai.

Il est regrettable que M. Mac Grégor n'ait pu calculer ici le débit du Nam-Kiu. Les chiffres cités plus haut sont insuffi- sants, en effet, pour permettre d'apprécier l'importance d'un cours d'eau dont le régime est si inégal d'une saison à l'autre. De ces chifiTres nous pouvons cependant rappro- cher ceux que l'abbé Desgodins a fournis sur la largeur du Mékong, de Yetché à Yerkalo et, à ne considérer que la largeur des deux fleuves sous des latitudes peu difiTérentes, on voit que le Nam-Kiu pourrait avoir un cours supérieur aussi développé que celui du Mékong.

Avant de revenir à Suddya, MM. Woodthorpe et Mac Grégor ont de nouveau traversé les Patkoi par la passe de 652 mètres qui sépare le haut Namrup du lac Nong Yong et du Loglai qui débouche dans la vallée du Hankong, depuis longtemps connue.

M. Mac Grégor préconise cette route, s'il s'agit de se rendre de l'Assam sur les bords de l'Irauady ou en Bir- manie ; mais, pour se rendre de l'Assam à la frontière occi- dentale de la Chine, la seule véritable route entre 26'' et 29^ de latitude, la plus rapide malgré ses difficultés, est celle qui passe par Rima et Menkong sur la Saluen.

Après avoir signalé les points les plus saillants des explo- rations et reconnaissances sur les frontières nord-est de rinde, nous devons remarquer que pratiquement la ques- tion du raccordement des fleuves du Tibet avec ceux de

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 43

OU de la Birmanie en est toujours au même point. BaDs un mémoire géographique accompagnant une nou- velle carte du Tibet oriental, M. Dutreuil de Rhins montre qu'il n'y a pas ici que la question du Tsampu à résoudre; il présente une solution raisonnée, au double point de me de la géographie mathématique et de Thydrologiè, des divers problèmes. Cette étude de géographie critique fort consciencieusement étudiée soulèvera sans doute de fruc* taeases discassions autour de certaines des conclusions adoptées par l'auteur.

L'Angleterre se préoccupe depuis longtemps de trouver pour son commerce des voies courtes et praticables entre Ilnde et la Chine, entre les deux pays les plus peuplés du globe. Dans l'origine, faute de notions géographiques suffi- santes, c'est par les grands fleuves et leurs vallées qu'on drait cherché à résoudre la question qui, du reste, s'est transformée. Il ne s'agit plus actuellement de découvrir des chemins plus ou moins accessibles par lesquels se traînent péniblement quelques convois de marchandises, lents et trop souvent menacés* L'industrie avec sa production et sa con- animation immenses exige désormais le chemin de fer qui emporte rapidement dans chacun de ses trains la charge de plusieurs caravanes.

C'est en vue de l'établissement d'un chemin de fer que ï. Holt S. Hallett, envoyé par une chambre de commerce îinglaise, a exploré une partie de l'Indo-Chine encore nou- velle pour la géographie positive. D'études faites en commun !>Qr les travaux de leurs devanciers, MM. Holt S. Hallet et Àrchibald Colqhoun avaient conclu qu'une voie ferrée entre l'Inde et la Chine ne pouvait être établie qu'à travers I& région située à peu près sous la latitude de Maulmein, à tiavers le pays des Shans siamois. Mais il fallait d*abord fechercher la meilleure direction pour passer de l'Inde à -elte partie du Siam. Une première exploration convainquit

44 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

M, Holt S. Hallet qu'elle ne se prêterait pas facilement à la construction d'une ligne ferrée. La contrée située plus au sud, entre Maulmein et Raheng sur le Mé-Ping, fut re- connue préférable. Prenant ensuite comme base d'opération la ville de Zimme, M. Holt S. Hallett rayonna en divers sens, dans le but de bien étudier la configuration générale du pays situé entre llahenget Kiang-Hsen sur le Mékong, et la frontière de la Chine. Il arriva de la sorte à constater que le passage du bassin du Ménam à celui du Mékong pouvait être effectué en suivant, sans les couper et sans s'élever à plus de 500 mètres, les principales chaînes de séparation des cours d'eau.

En résumé la ligne proposée par M. Holt S. Hallet parti- rait de Maulmein pour gagner Raheng où, soudée d'une part à la ligne projetée de Bangkok, elle s'élèverait d'autre part vers le nord, pour gagner par Riang-Hai et Kiang-Hsen, Ssumao sa première grande station sur le territoire chinois.

Au cours de son exploration de 4000 kilomètres de pays, accomplie en bateau ou à dos d'éléphant, M. Holt S. Hallet a fait une importante moisson géographique. Le long de sa ligne de marche soigneusement relevée pendant 2400 kilo- mètres, il a fixé la position des sommets en vue, déterminé les sources des rivières, constaté les relations des chaînes entre elle%. Géologiquement parlant, le pays ne différerait pas sensiblement de celui qui entoure Maulmein; avec le gneiss et le granité comme éléments essentiels, les princi- pales montagnes ont leurs flancs recouverts de roches de diverse nature. Le sol nourrit une végétation variée, dont font partie le coton, le labac, le thé. Cette dernière plante se rencontre à Télat indigène sur quelques montagnes de la contrée.

A propos des habitants qui le reçurent bien, M. Holt S. Hallet a recueilli d'intéressantes informations. Les Shans siamois et birmans sont des populations assez civilisées, laborieuses, qui cultivent bien leurs terres et sont bons

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 45

éleveurs de bétail. Au milieu d'eux vivent les représentants de deux races particulières, les Baw Luas et les Kiang Tung Luas, distincts les uns des autres. Les premiers, dont le type semble se rapprocher un peu du type tartare, seraient, paraît-il, les aborigènes du pays. Ils se rencon- trent aujourd'hui surtout dans la vallée du Maing Loangyee. Au milieu d'eux vit un groupe de Kharens sauvages et craintifs. Quant aux Kiang Tung Luas, qui se distinguent à peine des Shans birmans, ils se disent originaires du nord et présentent le type turc.

Entre Kiangkong et Luang Prabang, sur la rive gauche du Mékong, habitent des tribus de races variées. M. Holt S. Hallet donne, au sujet des croyances, des légendes, des mœurs, du genre de vie de toutes ces populations, des dé- tails aussi nouveaux q.u'intéressanls.

Bien que les populations ne lui aient pas été hostiles, l'explorateur n'en a pas moins eu à lutter, pour accomplir sa mission, contre des difficultés sérieuses et à redouter de graves dangers. Le commerce anglais lui. sera peut-être reconnaissant quelque jour d'avoir rétabli la « chaussée d'or j entre l'Inde et la Chine; la géographie dès mainte- nant doit le rjemercier d'avoir notablement accru et précisé ses données sur l'Indo-Ghine centrale.

Des voyages très fructueux pour la science s'accomplis- sent parfois san« faire parler d'eux, jusqu'au jour une publication les révèle aux géographes. Le cas s'est produit pour la série des remarquables voyages auxquels M. Fritsche, ancien directeur de l'Observatoire russe à Pékin, a consacré sept années. Ils n'ont été bien connus qu'à la fin de l'an dernier, par la publication de l'un de ces mémoires supplé- mentaires, toujours si soigneusement édités, que la rédac- tion des Mitleilungen consacre aux travaux d'un grand intérêt géographique.

Les itinéraires de M, Fritsche, soigneusement relevés par

46 RAPPORT SUR LES TRAVA13X DE LA SOCIÉTÉ

le voyageur, couvrent les bassins inférieurs du Hohang-ho^ du Pei-ho, du Lan-ho, du Lia-ho, les environs du golfe de Petchili et de Liao-toûg. Ils gagnent, du côté du nord, le cours moyen de l'Amour, entre Blagowatschensk et Je Baï- kal; dans l'ouest, ils s'étendent jusqu'à Urga et Irkutsk. M. Fristche, qui est homme de science, a recueilli, chemin faisant, des observations et des informations de premier ordre pour la géographie. Sa connaissance de la langue et des mœurs chinoises, la situation qu'il occupait à Pékin, lui ont procuré des facilités que n'ont généralement pas les explorateurs en Chine. Il les a utilisées pour accroître, dans une proportion inusitée, les notions géographiques sur l'extrême Orient. Nous lui devons, par exemple, la détermination astronomique de 304 localités importantes de la Russie d'Europe, de la Sibérie, de la Mandchourie et de la Chine. Il a déterminé également l'altitude de 928 points de ses beaux itinéraires.

La publication dans laquelle M. Fritsche a consigné les résultats de ses voyages est un document tout à fait pré- cieux; réminent voyageur y discute impartialement la valeur relative des positions déterminées par lui et des élé- ments de même ordre dus à ses devanciers. 11 a complété son œuvre par un chapitre excellent sur les instruments dont il a fait usage, comme sur ses méthodes d'observation et de calcul.

L'une des plus grandes îles du monde, Hainan, n'est guère connue que sur son littoral par les levés hydrogra- phiques français et anglais. Pour l'intérieur la géographie doit se contenter encore des données fournies par les docu- ments chinois et des informations dues aux missionnaires du siècle dernier. Les traits essentiels de l'île sont seuls établis.

Depuis que le port de Hoi-How est ouvert au commerce européen, deux explorateurs, M. Swinhœ, agent consulaire

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 47

anglais, et, plus récemment ^ un missionnaire danois, M. Jeremissen, ont visité l'intérieur de Hainan. Un compa- gnon de voyage de ce dernier, M. B.-C. Henry, a publié, sous le titre de Ling-nan or Interior views of Southern Chinay une relation résumée de son voyage. Une partie du livre est consacrée à Hainan. A vrai dire la géographie scientifique ne gagne pas grand'chose à cette publication, M. Henry n'ayant ni dressé d'itinéraire, ni fait d'observations ou mesures d'aucun genre; en revanche il donne d'inté- ressants tableaux de l'est et du centre de l'île, ainsi que des renseignements nouveaux sur les aborigènes.

Le point de départ de MM. Jeremissen et Henry fut Hoi- How, avec son port peu profond, sa rue principale les Chinois et une douzaine d'Européens traitent les affaires en sucre, cocos, rotins, peaux, pour l'exportation, en opium pour rimporlation. A une lieu dans le sud est la capitale de l'île, la résidence des autorités chinoises, Kiang-tchéu, entourée de murailles couvertes en fougères. Les maisons, si basses qu'on ne peut s'y tenir debout, défient les typhons. De temps à autre, sur les routes aux abords de Siang-tchéu, s'élèvent des portiques dressés en l'honneur des épouses fidèles. L'opium a, du reste, tué l'ancienne prospérité de celte ville.

Dès leur première marche dans l'ouest, ils rencontraient un village peuplé de Lois qui diffèrent également des Chinois et des Lis indépendants. M. Henry voit en eux des descen- dants de tribus miaotsé, transportés ici de Canton et du Kiang-si et qui se seraient plus ou moins mélangés avec les Chinois et avec les Lis.

En s'avançant vers l'intérieur on parvient à Notai, centre d'une autre race particulière, les Lo-Huk ou les Hakka, qui parlent plusieurs dialectes chinois et indigènes ; leurs troupeaux renferment des buffles albinos. Les Hakka, au nombre d'une vingtaine de mille, descendent de colons venus du nord-est de l'île.

•48 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

Le dernier poste militaire chinois que rencontrèrent MM. Jereraissen et Henry est Nam-Fung, A partir de ce point ils retrouvaient le territoire montagneux et boisé des Lis. La marche y est si difficile que les voyageurs mirent plusieurs jours à faire les 20 kilomètres qui séparent Nam- Fung du premier village li. Le terrain est très accidenté, coupé de ravins et couvert de forêts pullulent les sang- sues de terre. Les massifs de la montagne des c Cinq doigts» et de la « Mère Li » dominent la contrée des Lis et toute l'île Hainan. M. Henry donne au sujet des Lis cette indi- cation vague qu'ils sont de descendance malaise. Les roches qui couvrent le nord de Tîle sontd'origine volcanique. Entre Hoi-How et les premiers contreforts du massif central se déroulent de belles plaines couvertes de pâturages et des vallées riantes. Par endroits l'abondance des palmiers et la richesse de la végétation donnent à la contrée un aspect tropical.

Les Chinois de Hainan sont les descendants de colons déportés ou exportés du sud de Formose et du Fokien.

MM. James Younghusband et Fulford ont récemment parcouru, en Mandchourie, les monts Chang-pei-shân et visité les sources de la rivière Sungari, pénétrant ainsi dans une région qui n'avait encore été atteinte par aucun Européen.

Partis le 29 mai dernier de Mukden, capitale de la Mandchourie méridionale, ils parvinrent, après de pénibles traversées de montagnes, à Mao-erh-shân, à 380 kilomètres de Mukden. Les précipices infranchissables qui bordent la rivière les ayant empêchés d'en suivre le cours, ils durent traverser la chaîne de montagnes pour arriver, par un passage de 800 mètres d'altitude, au Tang-ho, affluent de la branche occidentale du Sungari. Depuis la jonction des deux cours d'eau jusqu'au He-ho ou rivière Noire, la contrée, assez accidentée, est couverte d'épaisses

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 49

forêts. Après neuf jours de fatigantes marches, les trois explorateurs arrivaient au pied du Pei-shân ou mon- tagne Blanche qui donne son nom à toute la région nom- mée Ghang-Pei-shân ou c montagnes toujours blanches >. Le Pei-shân est un volcan récemment éteint dont le cra- tère est occupé par un joli lac bleu, entouré d'un cercle de pics s'élevant à environ 200 mètres au-dessus de la surface deTeau. Des mesures à Thypsomètre et à l'anéroïde don- nèrent, pour l'altitude des principaux de ces pics, environ 2300 mètres, très inférieure, par conséquent, à l'altitude de plus de 3000 mètres précédemment admise. Les flancs fort escarpés du Pei-shân sont recouverts de pierres ponces qui lui donnent une nuance blanchâtre à laquelle il doit son nom. Aucune montagne de la région n'atteint sa hauteur, les plus élevées paraissant mesurer environ 1900 mètres. Sauf pendant les quatre mois d'été, l'abondance des neiges rend impossible toute ascension de la montagne Blanche. Le versant nord du Pei-shân donne naissance à un petit ruisseau qui devient le Erh-tao-chiang, branche orientale du Sungari. La branche occidentale, beaucoup plus impor- tante, est formée par différents ruisseaux qui descendent en belles cascades des pentes sud-est de la montagne.

Vers sa base s'étend un plateau situé à 1640 mètres d'al- titude et qui se couvre en été d'une végétation luxuriante comme celle des prairies de Rashmir. A 16 kilomètres de la source occidentale du Sungari et sur la partie ouest de la OQontagne naissent, à environ 53 kilomètres l'un de l'autre, le Yaloo et le Tumen, ce qui fait du Pei-shân le véritable nœud du système fluvial de la Mandchourie.

En sept jours, les explorateurs atteignirent le confluent des deux Sungari; enfin une semaine plus tard, le 12 août dernier, ils arrivaient à Kirin, capitale de la Mandchourie centrale, après un voyage fort contrarié par la persistance des pluies. En revanche ils avaient eu la bonne fortune d'échapper à la rencontre des bandes de pillards qui infes-

SOC. DE 6É0GA. 1*' TRIMESTRE 1887. VIII. 4

50 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

tent le pays. MM, James, Yungbusband et Fulford ont fait le relevé à la boussole de leur route, avec de nombreuses obser- vations d'altitude, et le voyage qu'ils ont exécuté viendra prendre utilement place sur la carte de la Mandchourie.

En ce qui concerne le continent australien, le rapport de cette année doit signaler une exploration importante. Il s'agit de celle qu'a si habilement conduite l'arpenteur- pionnier David Lindsay, le même qui, en 1883, s'était révélé au monde géographique par son exploration de la péninsule d'Arnhem dans TAustralie septentrionale. Il devait cette fois reconnaître si la rivière Finke, découverte il y a plus d'un quart de siècle par Mac Douall Stuart, se jette dans le lac Eyre, ce réceptacle commun de tant de cours d'eau de l'intérieur, ou bien si elle est bue par les sables avant d'atteindre la nappe lacustre. Pour mieux faire comprendre l'importance de cette rivière Finke, il est bon d'ajouter que, d'après M. G. Winnecke, lui-même explorateur distingué et juge très compétent dans la question, la Finke River ou Larra-Pinta des indigènes, peut être considérée comme le principal cours d'eau de l'Australie centrale j en effet, avec ses tributaires, le Goyder et le Hugh, elle présente un déve- loppement de plus de 1600 kilomètres. M. David Lindsay, après avoir résolu le problème de la rivière Finke, devait suivre la rivière Herbert, qui coule en majeure partie sur le territoire du Queensland, et enfin il avait mission de descendre la rivière Arthur, qui se jette dans Je golfe de Garpentaria. Sa mission ne consistait donc en rien moins que la traversée du continent australien, du sud au nord. Au mois d'octobre 1885, la petite caravane conduite par M. David Lindsay qu'accompagnait un botaniste allemand, M. H. Dietrich, se formait à Hergott Springs, point extrême de la ligne ferrée sud-australienne vers l'intérieur du pays. Elle était montée sur des chameaux dus à la générosité de sir Thomas Elder, ce qui devait lui per-

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 51

mettre de traverser impunément des contrées l'eau est fort rare. Le 13 novembre, l'expédition atteignait Thé Peak, poste télégraphique de la ligne transcontinentale et de là, s'engageait dans des régions inconnues. Elle suivit le cours delà rivière Finke jusqu'à Tendroit les traces s'en per- dent dans les sables au» nord-est de Dalhousie, par %°W de latitude sud, 133^25' de longitude est de Paris. Il parait cependant que, dans les fortes crues, les eaux de la rivière Finke s*écoulent par la dépression du Spring Creek dans la rivière Macoumba ou rivière Treuer, ce qui rattache la Finke au bassin hydrographique du lac Eyre. Après avoir résolu ce problème, l'expédition regagna la station de Dal- housie, le 23 décembre 1885, pour se diriger ensuite vers la frontière ouest du Queensland, qu'elle atteignit en effet par ib'SO' de latitude sud. Puis traversant une région encore inexplorée, elle arriva à la station Charlotte Waters. Le 3février de l'année 1886, elle en repartait, se dirigeant vers le lac Nash par Alice Springs et les ramifications orientales du Mac Donnell Range. Ce ne fut qu'au commencement d'avril qu'elle y arriva, après avoir beaucoup souffert eu route de la chaleur et de la soif. Une reconnaissance de la rivière Herbert fut immédiatement entreprise, en vue d'en dresser la carte exacte. D'après les dernières nouvelles, l'ex- plorateur Lindsay était arrivé à la station de Powells Creek. Il avait donc ainsi traversé, pour la seconde fois, le continent australien dans toute sa largeur. Un seul fait est à re- gretter : c'est que le léger espoir un moment conçu de re- trouver les restes de l'infortuné Leichhardt se soit trop vite évanoui. Depuis trente-huit ans que cet explorateur a dis- paru, il ne se passe pas d'année, pour ainsi dire, sans qu'on ne pense avoir découvert quelque indice au sujet de sa destinée; mais jusqu'à, présent les recherches les plus actives n'ont pas abouti à des données positives.

Nous ne quitterons pas l'Australie sans avoir parlé, non

52 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

pas des nouvelles mines d'or excessivement riches, paraît- il, qu'on vient d'y découvrir à Mount Morgan (Queensland) et à Mount Lyell (Tasmanie), mais d'une richesse bien autre- ment abondante et durable, qui résulte de la découverte de nappes d'eau souterraines dans les parties de l'Australie centrale réputées jusqu'ici stériles et inhabitables, à cause de leur aridité. Il est en Australie des millions d'acres de terres encore inoccupées, par la seule raison que le bétail et les récoltes y seraient trop exposés à souffrir de la séche- resse; on comprendra, dès lors, de quelle importance est cette découverte et quelle transformation immense elle peut apporter dans l'état d'une colonie déjà si prospère. Ici, comme dans le Sahara, un simple filet d'eau amené à' la surface, y amène la fertilité, l'abondance, la vie, qui suc- cèdent à l'aridité, à la sécheresse, à la mort. Les forages de puits artésiens opérés h Coward's Springs, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest du lac Eyre, comme ceux qui avaient été pratiqués précédemment à Hergott Springs, à une centaine de kilomètres plus à Test, donnent non pas seulement un filet d'eau, mais jusqu'à 300000 gallons, soit i 350000 litres par jour. Pour le moment, cette eau forme de petits lacs aux environs des puits ; mais, avec l'activité pratique qui distingue les colons australiens, elle ne tardera pas à être utilisée pour irriguer de vastes étendues de terres. Il en peut facilement résulter un changement du climat et une transformation de déserts arides en centres importants de civilisation. Ce sera un de ces cas, de moins en moins rares, le génie de l'homme, réagissant sur la nature, sait dégager des forces latentes pour les utiliser. l'indigène vit aujourd'hui misérablement, faute d'eau et de nourriture, s'étaleront sans doute avant peu d'abondantes moissons et, dans moins de cinquante ans, s'y élèveront peut-être de populeuses cités.

Si le continent australien ne nous a offert, cette année,

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 53

qoime seule exploration de quelque importance, il n'en est pas de môme de la Nouvelle-Guinée. Les expéditions s'y mul- tiplient et les compétiteurs rivalisent d'activité et d'audace. Cette île, si avidement convoitée par les colonies austra- liennes à cause de sa proximité du continent, soulève de goestions politiques graves, en particulier celle de savoir si le simple voisinage confère des droits de prépossession indiscutables. Contentons-nous, pour le moment, de constater que Tassant livré à la Nouvelle-Guinée profite, en définitive, à la géographie de cette île.

La conférence géographique australasienne, tenue à Mel- bourne au mois de décembre 1884, avait décidé de nommer une commission en vue d'organiser une expédition à la Nou- velle-Guinée. Le comité d'exploration tint sa première séance le 15 janvier 1885. Les fonds mis à sa disposition s'accrurent rapidement et s'élevèrent bien vite à plus de lOOOOO francs. On résolut alors de lancer un petit vapeur k Bonito, de l'équiper pour la prochaine campagne, et d'en confier le commandement à M. Henry Charles Everill, capitaine au long cours, ancien planteur à Sumatra, qui connaissait à fond les pays tropicaux de la Malaisie et de rindo-Ghine et qui remplissait toutes les conditions vou- lues pour niener à bien l'entreprise projetée. Onze Européens, parmi lesquels des savants, accompagnaient le capitaine Everill, qui devait embarquer, en outre, à l'île deThursday, onze Malais engagés à Batavia comme porteurs.

Le 10 juin 1885, le Bonilo quittait Sydney, escorté jusqu'à l'embouchure de la rivière Fly par le steamer avance, appartenant au gouvernement de Queensland. L'honorable John Douglas, résident à l'île de Thursday et (qui ne devait pas tarder à succéder à Sir Peler Scratchley, comme gouverneur delà Nouvelle-Guinée anglaise), ainsi que ie Révérend Mac Farlane, missionnaire à la Nouvelle-Guinée, accompagnèrent l'expédition jusqu'à quelques milles en amont de Tembouchure de la rivière Fly, pour l'assister de

54 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

leurs conseils. Plusieurs mois s'écoulèrent sans qu'on eût de nouvelles. Enfin, l'un des indigènes engagés par le capi- taine Everill, un pilote chargé de conduire le Bonito aussi loin qu'il connaissait la rivière, reparut assurant que le personnel entier de l'expédition avait été massacré. Aussitôt l'amiral Tryon, commandant en chef de la station navale de l'Australie, dépêcha l'aviso Opale, qui partit de Sydney le 20 novembre 1885, avec le vapeur Swinger. A l'île de Thursday, par un mouvement spontané, une expédition fut organisée, et trente volontaires s'embarquèrent à bord de la goélette Wild Duck pour aller à la recherche ou au secours de leurs compatriotes.

Ces mesures étaient heureusement inutiles. La nouvelle du massacre se trouvait fausse. L'expédition avait remonté le fleuve, malgré les obstacles qui s'ojpposaient à la naviga- tion. Elle avait rencontré, par environ 35' de latitude sud, 138' 3(y de longitude est de Paris, l'embouchure d'un tribu- taire du Fly, déjà signalé par d'Albertis, comme venant du nord; elle l'avait baptisé rivière Bonito et l'avait remonté jusqu'au moment le petit vapeur demeura ensablé, dans l'impossibilité d'avancer ou de reculer. On était alors par 6 30' de latitude sud. Voyant que le vapeur ne pouvait être dégagé, l'expédition avait continué sa route dans une des chaloupes. En amont du G^"" degré de latitude sud, la rivière cesse de faire des circuits; elle vient droit du nord. Un détachement la remonta jusqu'à 35' de latitude sud; mais là, les vivres ayant fait complètement défaut, il fallut re- brousser chemin. Les premiers rapides avaient été rencontrés par 65«0' latitude sud. Ils paraissent s'étendre jusque sous le 5* degré. Entre le 5' et le 7* degré de latitude sud, la rivière se divise en plusieurs bras ; peut-être se détache-t-elle même, au nord, du principal bras du Fly. Dans le voisinage du point le plus éloigné qui ait été atteint, on ne remarque aucune montagne; seules des collines d'à peine 200 mètres acci- dentent le pays. Les hautes terres de l'intérieur qui étaient

ET SUR LES PROGRÉS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 55

son objectif, l'expédition ne réussit ni à les atteindre, ni même à les apercevoir, car elle ne sortit pas des plaines marécageuses arrosées par le Ply et ses affluents. Le 3 dé- cembre 1885, elle était de retour à Sydney.

Le capitaine John Strachan avait tenté, en 1884, une expé* dition à la Nouvelle-Guinée, sous le patronage du journal The Age j de Melbourne. Cette expédition, comme on le sait, échoua complètement. Sans se laisser décourager, le capi- taine Strachan repartait, en novembre 1885, pour explorer l'iotérieur de la partie méridionale de Tîle. Acompagné de MM. Kerry et Poett, il remonta le Maî-Kassa ou Baxter, découvert en 1875 parle missionnaire Mac Farlane à l'ouest duTaste delta de la rivière Fly. II atteignit un point situé à 15 kilomètres seulement du terme des voyages de son pré- décesseur, c'est-à-dire à 145 kilomètres de l'embouchure de la Fly. Il reconnut quelques affluents, en particulier la rivière du Prince-Léopold. Des troupes d'indigènes campés dans le lit même du cours d'eau l'empêchèrent de pousser plos loin et de s'assurer si, comme on le suppose, le Maï- Kassa n'est peut-être qu'une branche, un bras de la rivière Fly. Du ponit extrême elle était arrivée, l'expédition fit des reconnaissances dans un rayon de 50 à 60 kilomètres, eUrouva le pays favorable pour y établir des plantations. De retour à la côte, l'expédition se dirigea à l'est, vers le ?oIfe de Papouasie, et découvrit cinq rivières ou branches de delta, navigables jusqu'à des distances variables de 15 à '^kilomètres de leur embouchure. Ici encore, des excur- ions furent entreprises dans un rayon de 50 kilomètres, et ^expédition, en rentrant au mois de janvier 1886, put rap- porter d'intéressants spécimens de bois précieux et de plantes utiles.

Le savant naturaliste anglais H. 0. Forbes avait projeté de •ranchir les monts Owen Stanley, près de la côte sud-est de

56 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

la Nouvelle-Guinée, afin de reconnaître le pays situé sur l'autre versant. Son but était purement scientifique et huma- nitaire ; mais, dès le début, il eut à lutter contre des difficultés de toute espèce. Il avait quitté l'Angleterre au mois d'avril 1885, pensant pouvoir être rendu à la Nouvelle-Guinée en juillet. A Batavia déjà, il fut retenu pendant tout un mois par le refus des agents de la « British India Steam Naviga- tion Company » de laisser embarquer les coolies malais qu*il comptait emmeneravec lui. Puis une embarcation chargée de tous ses bagages et de ses instruments coula à fond. Cet accident obligea M. Forbes à aller à Brisbane pour y renou- veler son équipement. Le gouverneur de la Nouvelle- Guinée, Sir Peter Scratchley, qui s'y trouvait précisément, lui facilita le passage pour Port-Moresby; mais, arrivé le 28 août, M. Forbes dut attendre encore un mois ses bagages et ses hommes. Il n'y avait dès lors plus à songer, dans une saison aussi avancée, à franchir les monts Owen. Tout ce que put faire M. Forbes fut d'aller se fixer à Sogere, à trois journées de marche de Port-Moresby, mais en réalité à 40 kilomètres seulement de la côte, et de s'y livrer à des observations en attendant la saison propice. Un véritable observatoire y fut installé et M. Hennessy, le compagnon de M. Forbes, y recueillit des données utiles. Des collections de toute espèce furent formées et s'enrichirent de spécimens fort rares. Puis une triangulation complète du terrain très accidenté qui s'étend entre Sogere et la côte permit de dresser une bonne carte de cette partie de l'île. Cependant les ressources diminuant, M. Forbes se vit bientôt obligé de congédier ses serviteurs, et après six mois de séjour dans l'île, de renoncer à son entreprise. Avant de quitter la con- trée, il voulut tenter, toutefois, de faire, avec le Révérend Chalmers, une excursion aux monts Owen Stanley. Ici encore la mauvaise fortune l'accompagna, et nos deux voyageurs furent abandonnés par leur escorte. Il est vraiment à dési- rer que M. Forbes trouve dans les colonies australiennes,

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DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 57

^ser à sa cause, un appui qui lui per- exploratioQ interrompue.

que dirigée par le docteur Schrader es possessions allenaandes delaNou- «er Wilhelms Land », comme on les res officielles). Après un séjour à 1er des Malais comme porteurs, elle afen le 19 avril 1886. Jusqu'ici toute- reprendre de grandes excursions^ car s'installer et régler les instruments, s malais furent occupés aux travaux hinois embarqués à Gooktown étaient aux longs voyages. M. Schrader et ^lîhneider, géologue, et M. Hollrung, borner par conséquent à recon- î Finsch-Hafen. Ce port ou cette baie \iassins, séparés de TOcéan par une

^ re qui s'avance à peu près du nord au

-i^^^^x^^ yj^f ^^^ extérieur se trouve l'île de Madang ou

5^ 'V^ ^^ ^5' ^^^ laquelle a été construite la station. Les

é*^ "^ ^^^ Ae^^^^ssins intérieurs sont couverts d'herbe ; la

^^^^ ^e>^ .^i^^^ du troisième est, en général, plate etma-

\^x^^ o^^ Çlusieurs petits cours d'eau s'y déversent ou

3,<*^ ^i^^'^ -0eBt s'y perdre dans les marais. La végétation-

^x ^ #teS' L'u^® ^®s excursions les plus intéressantes fut

^e^ ^ ^gfs le Langemack Greek, dans lequel se jette la

^\0^^ ^ouboui. Près de son embouchure et jusqu'à quelque

^vi^^^ gjj amont, ce cours d'eau est large d'une centaine

^*^^ gg. Les voyageurs le remontèrent sur des canots

de -ts par les indigènes. Le cours en est sinueux et les

^^ sont alternativement plates et escarpées. Après un

^^^ jg 6 kilomètres, l'expédition fut arrêtée par des

^^ 'k^y ^^^^^ "^ aspect tropical. Les villages voisins ^^^ v^ ^jj,^s de plantations et consistent à peine en quel-

58 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

rapides. D'après les dernières nouvelles, les membres de la mission allemande étaient en bonne santé, bien qne le dis- trict de Finsch-Hafen passe pour insalubre.

Le fleuve Impératrice Augusta, découvert par M. le doc- teur Finsch sur la côte septentrionale de la Nouvelle- Guinée, a été reconnu par le capitaine Dallmann. Le 4 avril 1886, il le remontait avec une embarcation à vapeur, jusqu'à 65 kilomètres de son embouchure. Le fleuve parais- sait être navigable encore beaucoup au delà de ce point. En effet, le baron de Schleinitz, gouverneur du WilhelmsLand, a remonté plus tard le fleuve Impératrice Augusta jusqu'à 300 kilomètres de son embouchure. Ce serait donc une voie navigable qui, en dépit d'un courant assez fort, per- mettrait de pénétrer à Tintérieur des terres.

Il n'est pas d'année que l'Afrique ne coûte la vie à quel** qu'un des voyageurs qu'elle attire, et M. Duveyrier aurait aujourd'hui de nombreuses additions à porter sur sa nécro- logie africaine publiée par la Société en décembre 1884. Dès le début de cette année, un jeune ofQcier de cavalerie, Mar- cel Palat, a succombé dans une tentative pour gagner Tim- bouktou. C'est presque au seuilde l'Algérie qu'il a été frappé, pendant la traversée de la courte partie du Sahara qui sépare notre territoire de l'archipel d'oasis du Gourâra, de l'Aou- gueroût, etc. Cet espace a toujours été difficile à fran- chir.

Marcel Palat s'était mis en route à la fin de 1885, trop tôt peut-élre après l'insurrection de fiôu-Amàma, chef d'une partie des Oulâd-Sidi-Ëch-Cbelkh. Le commence- ment d'avril le trouvait encore au village d'Ël-Hàdj Guel- màn, un des premiers qêçoûr du Gourâra. De là, il informait la Société qu'il avait déjà recueilli des collec- tions intéressant la géologie, la botanique, la zoologie et l'étude de l'homme préhistorique. C'est la dernière nou-

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 59

veDe directe qui nous soit parvenue et la suite des événe- ments ne nous est connue que par les rapports des indi- gènes. Le voyageur ayant éveillé la méfiance des habitants par Tachai d'une parcelle de terre, d'une dune impropre à la calture, la djema'a ou conseil municipal exigea Tannu- lation du marché et le départ de l'acheteur. Palat sem- blait d^aillenrs menacé d'un autre côté, puisque le fils de Boû-Amâma, malgré les ordres de son père, s'était lancé à sa poursuite dans les. intentions les plus hostiles. Le gou- vernement de TAlgérie avait aussi, mais trop tard, été avisé qu'un complot était tramé contre la vie de Palat, par des membres influents de la confrérie de Sidi es Senoûsi.

Palal, contraint de quitter l'oasis d'El-Hâdj Guelmàn, prit directement la route dln-Çalah, sous la conduite de trois Arabes de cette oasis, très attachés aux Oulàd-SidiEch Cheîkby et de deux Touareg. Il parvint ainsi à Badjoum, que n'indique aucune carte, mais qui est probablement situé dans TOuâd Aflissâs, affluent de TOuàd Mîya, sur le plateau de Tademayt et à moitié route entre EI-Hadj Guel- fflân et In-Çalah. A Badjoum, l'un de ses guides, proche parent du chef d'In-Çalah, lui propose une chasse aux mouf- flons dans les rochers, l'éloigné du camp et l'abat d'un coup de feu. Rien de ce qui lui appartenait n'a pu être sauvé jusqu'ici. Comme celles du colonel Flatters et de ses compagnons, la dépouille de cette nouvelle victime du fanatisme musulman est restée sans sépulture dans quelque repli du Sahara.

Après d'aussi lugubres épisodes, les annalistes de la géo- graphie enregistrent avec moins de regret une retraite honorable, imposée au voyageur par la certitude qu'il mar* cbait à une mort inutile. Notre vaillant et si dévoué col- lègue. M* H. Duveyrier, avait formé le projet de visiter la dernière partie inconnue des rivages de la Méditerranée, les pays de Kebdana, de Guela'aya et de Rif, dont les grandes

60 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

montagnes bordent comme d'un ourlet le littoral marocain. Il s'était mis en route dans des conditions relativement favorables, étant donnée l'agitation des populations maro- caines limitrophes de la frontière oranaise. Pour pénétrer par le Kebdana dans le Rif, il fallait passer chez les alliés des tribus qui la veille étaient en guerre entre elles, et l'état des choses était tel que l'autorité militaire française avait tout d'abord considéré le voyage comme irréalisable. Cependant le grand shérif de Wazzan, alors sur le territoire d'Oran, allait regagner Tanger par terre. Sur la demande du général Gand, dont l'obligeance envers le voyageur mé- rite tous les remerciements de la Société, le shérif, c'est- à-dire un des papes des musulmans du Maroc, consentit à emmener M. Duveyrier en qualité de médecin, mais à la condition que, par prudence, il coifferait la chachiya, et revêtirait le costume du pays. Le 2 juin, la colonne partait de Lâlla-Maghnîya pour entrer sur le territotre des Benî- Senassen. Descendant dans la plaine de Terîfa, elle arrivait chez les Oulâd-Mançour, déjà un homme des Gueia'aya eut la franchise d'annoncer à notre compatriote qu'on lui couperait le cou. Par la vaste plaine bien arrosée de Taze- grâret, on arrivait à l'embouchure de la Molouya, frontière naturelle tout indiquée entre l'Algérie et le Maroc, mais qui ne sépare que deux tribus, les Arabes Oulâd Mançour et les Berbères Kebdana ou mieux Ikhebdàn. Le premier caïd marocain qu'il rencontre apprend à M. Duveyrier que le caïd précédent avait été assassiné en 1885 sur la place du marché; c'était un sérieux indice des dispositions des Rifains envers le gouvernement du Maroc.

Après les dunes de l'embouchure du Kis croît une végétation saharienne, après les rives de la Molouya le tremble et le tamarin rappellent la Provence, les mon- tagnes de Kebdana transportent ie voyageur au milieu de la flore de l'Atlas saharien : le thuya, le lentisque, le palmier nain et la lavande y prédominent, par la taille

ET SDR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 61

comme par la quantité, sur les autres végétaux de la con- trée.

£ntrele pays des Ikhebdàn et le large promontoire qui est le trait Je plus saillant du pays des Guela'àya, nos cartes iodiquaient depuis longtemps une vaste sebkha, dont la situation par rapport à la mer fait en quelque sorte le pendant de la sebkha de Mîserghin, dans le département d'Oran. C'est la sebkha Aboû'Areg ou Abou'Arq. M. Du- reyrier en a longé le bord-sud jusqu'alors ignoré; il a i^coDDu que cette dépression n'est pas une sebkha unique, comme l'indiquent les cartes, mais qu'elle se compose duoe sorte de chapelets de sebkha dont la première du côté de l'est porte le nom d'Aboû'Areg.

En pénétrant chez les Guela'âya, M. Duveyrier constate un changement important dans )a constitution géologique (ia sol. Des roches plutoniennes irruptives remplacent les roches sédimentaires. Il relève plusieurs hauts sommets te montagnes des Guela'âya et arrive sous les murs de Melîlîya, le grand shérif l'abandonne, et les Espagnols te traitent avec quelques-uns des égards dus à un espion. Moulei*Abd Es-Sâlâm avait plier aussi devant Topi- fiion des indigènes, parmi lesquels il compte des contri- buables ; les Benî-Ouriâghel des environs de Nekoûr avaient «n effet menacé de tuer non seulement le médecin dushérîf, ^ais le shérîf lui-même, s'ils arrivaient ensemble chez eux.

C'est à Tlemcen que M. Duveyrier a commencé à rele- ver sa route. De Lâlla-Maghnîya au presidio espagnol de ïelîlîya, c'est-à-dire sur un tiers seulement du pays qu'il omplait explorer, notre collègue à multiplié les visées et f^ observations qui nous vaudront un excellent itinéraire ^ell8 kilomètres en pays presque entièrement nouveau. •^ tentative hardie de M. Duveyrier n'aura donc pas été îns utilité pour la carte du Maroc. Elle enrichira égale- ment la météorologie, la botanique, la zoologie d'éléments précieux pour la description physique du Rif oriental.

62 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

Il faut ajouter que trois mois plus tard, le yacht français Mireille, appartenant à M. Verminck, était attaqué en mer parles Guela'âya, sous le cap Négri. Ces Guela'âya, dont les enfants vont chaque été louer leurs bras dans les fermes du département d'Oran, tenaient à rappeler en 1886 que si depuis longtemps on naviguait paisiblement sur leur litto- ral, ils étaient restés, au fond, les pirates de jadis.

Un collègue aussi zélé que laborieux, M. le capitaine d'ar- tillerie Bernard, auquel la géographie saharienne est re- devable de levés, de recherches et d'études spéciales, a envoyé dernièrement à la Société un rapport d'ensemble et un journal de marche de la mission conduite par lui dans le sud de la province d'Alger, pendant l'hiver 1884-1885. Ces documents, complétés par de nombreux croquis, ren- ferment des observations nettes et variées sur les caractères du pays. C'est un précieux document dont la publication est désirable. Il donne notamment un profil en long de la route entre Laghouat et Ouargla, coté à l'aide d'observations barométriques nombreuses ; les météorologistes y relèveront un tableau soigneusement tenu au cours de la mission.

Dans l'ouest africain français deux voyages se signalent par leur importance. Le voyage de M. Jacques de Brazza, frère cadet du célèbre explorateur, et le voyage de la mission conduite par M. Bouvier, capitaine de frégate, dans les vallées du Quillou, du Congo et de l'Ogôoué.

M. Jacques de Brazza a fait une pointe hardie en plein inconnu. Il y a été conduit par son désir d'éclaircir le mys- tère de la fameuse Lekoli ou Djaté-Ungua, c'est-à-dire la rivière du sel, qui joue un grand rôle dans l'économie do- mestique des populations voisines, privées partout ailleurs de mines de sel.

De la station de Madiville, sur l'Ogôoué, en pays adonncia, M. Jacques de Brazza, en compagnie de M. Pecile, s'en-

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 63

fonce au nord-est, dans une région très peuplée en môme temps que très boisée et qui longe la rivière Ivindo; au delà s'étend une contrée dont les paysages, sommets arides séparés par des dépressions fertiles, lui rappellent le pays des Batékés.

Sur la frontière nord de ce pays des M'boko, par 1°30' de latitade sud^ il franchit, à une centaine de kilomètres de ^^ sources, la rivière Lekoli qui n'est autre que le cours supérieur de la Likona, affluent du Congo. Beaucoup plus loin il rencontre, dans les Djiambi anthropophages, peu- plade inconnue jusqu'alors, des hôtes assez mal disposés à lui servir de guides. Des marches exténuantes à travers les marais qui recèlent la source de la Yensi, affluent de gauche deTIvindo, l'amènent enfin à Ilokou, village djiambi situé par 2»33' de latitude nord et 13'»30' de longitude est, à ^ kilomètres de Madiville sur rOgôoué, et à 360 kilomètres deN'kundja sur l'Ubangui. Mais ici la malveillance et llioslilité des Djiambi réduisirent le voyageur pendant un mois et demi au rôle de prisonnier, et même de prisonnier affamé. La durée de sa séquestration permit à M. Jacques de Brazza d'apprendre que la source de l'Ivindo, dans le pays qui fut d'après la tradition le berceau des Ossyéba ou M'fân, et ce peuple possède encore de grands villages, esta peu près par 3* de latitude nord et 12*30' de longitude ouest.

Las de lutter sans espoir contre une inertie hostile, M. Jac- ques de Brazza, renonçant à s'élever plus au nord, revient sur ses pas jusqu^à la Lekoli. Malgré l'opposition des na- turels qui craignent devoir divulguer l'emplacement de leurs richesses en sel, il fait construire neuf petits radeaux sur lesquels il confie son sort au courant de la rivière. Cette navigation primitive d'un mois et demi lui permit de re- connaître 370 kilomètres du cours inférieur de la Lekoli, et il vint déboucher dans le Congo, par ce que. nous suppo- sons être le confluent de la Likona ou Mbunga. Chensin

64 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

faisant M. Jacques de Brazza vit cesser son étonnement de trouver toujours douces les ondes de la Lekoli; non loin du confluent de ce fleuve et de rÀmbili sont les marais salants s'approvisionnent les peuplades riveraines de la Lekoli. Du Congo, M. J. de Brazza revint à la côte par la voie de l'Alima et de rOgôoué, rapportant de cet intéressant voyage non seulement un itinéraire appuyé sur des obser- vations astronomiques et complété par de très nombreuses cotes d'altitude, mais encore des collections botaniques, zoologiques et ethnographiques aussi riches que nouvelles.

Le voyage du commandant Bouvier est le plus fructueux, comme géographie scientifique, qui ait encore été accompli dans les vallées du Quillou, du Congo et de TOgôoué, c'est- à-dire dans une région qui préoccupe vivement l'intérêt public.

A la suite du congrès de Berlin, la France devait prendre possession des stations de l'Etat libre du Congo sur les ter- ritoires du Niari-Quillou et fixer des amorcés de frontières sur le cours du Congo.

Le commandant Bouvier, capitaine de frégate, le D' Bal- lay et le capitaine Pleigneur, de l'infanterie de marine, furent désignés pour remplir cette mission. M. Pleigneur était plus spécialement chargé des levés tQpographiques» A Dakar, on recrutait des Laptots d'escorte; on se procurait aussi une douzaine d'ânes destinés à un essai d'acclimata- tion sur le Congo. A Loango, point de débarquement dé- finitif, s'organisa la caravane qui devait pénétrer dans l'inté- rieur. Elle se mettait en route le 2 septembre de l'année dernière et le jour même atteignait l'embouchure du Quillou, d'où un canot à vapeur et des pirogues, mises à la disposition de M. Bouvier par une maison hollandaise, la conduisaient jusqu'au poste français de N'Gotou. Ici concis mencent les rapides et c'est par terre qu'il fallut gagner Ma- cabana, au confluent du Quillou et de la rivière Louisa. Ma->

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 65

Djfanga, sur le Congo, fat atteint péniblement à travers un terrain accidenté et des populations mal disposées envers les Européens. Les difficultés de la marche furent grandes également entre Manyanga et Linzolo sur le Stanley-Pool. Le 1" décembre 1885, M. Rouvier était à Brazzaville, dont la position a été très heureusement choisie, au poJDt de vue hygiénique comme au point de vue commercial. 1 partir de là, c'est sur la chaloupe à vapeur le Ballay que îâ délégation française remonta le cours du Congo en rele- vant les embouchures de rivières sur la rive droite du grand fleuve. Elle vit ainsi successivement le Léfini, la Lkéni qu'elle remonta jusqu'au poste des Gallois, la Nkémé, encore inexplorée, l'Alima, la Likuala, la Sangui et TUban- ^U. Aucun afllue.nt direct du Congo ne porte le nom de iicoûa.

Aux premiers jours de Tannée courante, la mission attei- i^ih station française de Nkoundja, assez près de l'embou- cliQre de TUbanghi. Ce fleuve, loin d'avoir l'importance qu'on lui avait prêtée jusqu'ici, n'est pas navigable aux l)asses eaux. Il se dirige à peu près doit au nord, du moins fe la partie qu'a parcourue M. Rouvier; c'est-à-dire sur 120 milles. Au commencement de janvier, MM. Rouvier et Sallay, délégués de la France, MM. Massari et Liebrechts, délégués de l'État libre, fixaient à 0% 6', 20'' de latitude sud ^ position du point frontière sur la rive droite du Congo. ^ délégués constataient aussi que la Licona Nkundja est tbanghi.

La partie politique de la tâche de nos commissaires était ■erminée, mais le voyage ne l'était pas, car le retour devait ''effectuer en longeant encore le Congo sur quelques milles, ?onr remonter ensuite la tortueuse Alima jusqu'à Lékéti, ^Qchir à pied le plateau de partage des eaux et regagner 'die en descendant l'Ogôoué semé de rapides. La mission, de retour au Gabon, s'embarquait pour l'Eu- ^jpele 18 avril dernier, ayant parcouru, sans accidents sinon

soc. DE GÉOGR. 1" TRlMESiaS 1887. SllU 5

66 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

sans fatigues et sans dangers, un long itinéraire qui s'ajus- tera exactement à sa place sur la carte d'Afrique. En effets le commandant Rouvier Ta jalonné de quatre-vingts déter- minations de latitude et de longitude, précieux points de repère pour arrêter les lignes encore si indécises du dessin de la contrée, précieux points de départ pour les études et les explorations de l'avenir.

Les longitudes, déterminées astronomiqueraent à l'aide de chronomètres et de distances lunaires, sont les premières qui, en fixant le tracé d'une partie du Congo, apportent quelque solidité à la représentation de cette contrée. La route suivie a été soigneusement mesurée et relevée, avec ses accidents topographiques, par le capitaine Pleigneur, qui, de plus, a dressé le plan des environs des stations prin- cipales, notamment de Manyanga.

Les éléments ainsi recueillis ont été coordonnés en un tra- vail d'ensemble solide, sérieux et qui marque un véritable progrès dans la géographie de l'Ouest africain.

La limite entre les États du Congo a été amorcée par les commissaires en deux points seulement; elle ne pourra être prolongée à l'est et au sud qu'après une exploration minu- tieuse de la contrée encore inconnue qui s'étend dans le nord du grand fleuve, à notre frontière orientale, et de la région du Congo maritime dont la connaissance laisse encore beau- coup à désirer. Demandons à M. de Brazza de fournir au capitaine Pleigneur les moyens d'accomplir cette double tâche pour laquelle il est bien préparé.

M. de Brazza, auquel un public immense, réuni au Cirque d'hiver dès les premiers jours de Tannée, a fait un si brillan t accueil, va retourner au Congo avec le titre de Commissaire général de la République française. Nous sommes assurés d'avance qu'il ne négligera point, au milieu des devoirs que vont lui créer ses difficiles fonctions, de se préoccuper de l'étude géographique du pays confié à sa haute administra-*

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 67

lion. Son digne compagnon de voyage, M. Ballay, appelé aDJourd'hui au poste de commandant du Gabon, est parti, résolu de son côté à ne rien négliger pour achever de faire connaître les environs de notre station. Ni M. de Brazza ni M. Ballay n'oublieront ce qu'ils doivent à leur qualité d'ex- ptoleurs ; ils s'efforceront de lever les obstacles adminis- tratifs auxquels ils se sont si souvent heurtés dans l'accom- piissement de leurs voyages.

D'autres travaux accomplis cette année, également par

<ies Français, ont fourni à la géographie et à l'hydrographie

de l'Ouest africain un large tribut. La division navale de

l'Atlantique Sud, commandée par M. de Gavelier de Cuver-

^i!le, a entrepris, avec l'assistance des stations locales du

Sénégal et du golfe de Guinée, la revision des coordonnées

?éo^aphiques et des plans particuliers de tous les points

pnflcipaux de la côte occidentale d'Afrique, depuis le cap

Blanc au Sahara, jusqu'àMossamedes. sur la côte d'Angola.

Les longitudes ont été rapportées soit à Dakar dont

M. Bouquet de la Grye a déterminé la position exacte, à

aide du câble télégraphique Cadix- Canaries-Sénégal, soit

^'^ Gabon, qui vient d'être tout récemment relié à cette

^<^(ne ligne télégraphique et dont, par suite, la longitude ne

'Mera. pas à être exactement fixée.

Pendant que les avisos le Dumont d'Urville et V Ardent

•éprenaient toute l'hydrographie du cap Blanc, de la baie,

lu Lévrier et d'Arguin, le Guichen rectifiait les positions

■«s plus importantes du golfe de Gainée; le Voltigeur, celles

••la côteLoango et de l'Angola, et le Gabès, misa la dispo-

^tion de la mission du commandant Bouvier, remontait le

''J^go jusqu'à Fuca-Fuca, limite extrême de la navigation

^ cours inférieur du fleuve, et fixait la. position de ce point

if des observations précises. Centralisant et contrôlant

•^^ilant que possible toutes les déterminations-géographiques,.

^nfernet mettait à profit la jonction télégraphique de la*

68 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

côte d'Afrique aux îles du cap Vert, pour déterminer la différence de longitude entre Dakar et la Praya. Ce dernier point étant relié au câble télégraphique qui met l'Europe et la côte du Brésil en communication par Madère et Saint- Vincent, on obtient ainsi un triangle électrique qui permet d'utiles vérifications.

Accomplis au prix de grands efforts, dans des conditions parfois fort difficiles, ces travaux, qui sont actuellement en cours de rédaction, font honneur aux officiers de la divi- sion navale de l'Atlantique Sud.

En 1805 ou 1806, le Dhiôli-Ba engloutissait à Bousa le journal de l'Anglais Mungo Park qui, sur une grande em- barcation insuffisante cependant, avait le premier parcouru plus des deux tiers de la longueur de Timmense fleuve ; en 1828, c'est monté sur une pirogue indigène que René Gaillié avait efi'ectué le seul levé qui nous soit parvenu de la portion du Dhiôli-Ba comprise entre Djinni (Jenni) et Kabara le port de Timbouktou. Le précédent rapport avait parlé sommai- rement du voyage entrepris par la canonnière le Niger dans la direction de Timbouktou et qui semblait promettre des résultats géographiques importants. Rien n'ayant été publié à cet égard, c'est à l'aide de renseignements recueillis auprès de l'un des passagers du Niger que votre rapporteur peut aujourd'hui fournir quelques indications sur cette ten- tative.

Le résumé qui suit embrasse deux campagnes exécutées de 1883 à 1886. La canonnière amenée à Khayes et démontée fut transportée au Niger tantôt par voitures, tantôt à dos de mulet, tantôt sur la tête de porteurs. Au mois de septembre 1884 elle était lancée devant Bammakou. Un voyage d'essai fut fait jusqu'à 75 kilomètres de ce point, à Koulikoro, elle passa la saison sèche, après que le commandant Delan- neau, commissaire du gouvernement, eut établi le pro^ tectorat de la France sur le pays du Mégnétana dont

£T SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 69

Koulikoro est le chef-lieu. En mars 1885 M. Davoust, lieutenant de vaisseau, venait prendre le commandement de la canonnière qui, le 7 septembre, recommençait à des- cendre le fleuve. Elle atteignait huit jours plus tard N'ya- mioa dont le chef signait un traité qui mettait son pays sous le protectorat français. On passa devant Sêgou-Sikoro, résidence d'Ahmadou-Gheïkou, et devant Sansandig, pour arriver enfin dans le Masina, à la hauteur de Djinni, après après avoir exécuté le levé d'au moins 390 kilomètres du fleuve. Le Niger avait à essuyer presque chaque jour des kourrasques violentes, tandis qu'il cherchait sa route au milieu des hauts-fonds ou des îlots submergés dont est semé le fleuve, large par endroit de 1500 à 2000 mètres. ^Djinni, le commandant de la canonnière ayant atteint la iiffljteque lui assignaient ses instructions, il fallut revenir en tolesur Koulikoro avant la baisse des eaux. C'était la pre- mière fois qu'un vapeur franchissait pareille distance sur le Diiôli-Ba.

Devant Bammakou, le fleuve a une largeur de 800 mètres SOI hautes eaux. Entre Bammakou et Koulikoro, son cours ^t très capricieux.

Sa largeur varie entre 600 mètres et 2000 mètres. En aval (ie Koulikoro les rochers cessent et la nature du fond est ^^fllôt terreuse, tantôt sableuse; la profondeur n'est pour- '^nl jamais considérable. A la hauteur de N'yamina le fleuve '^/argit beaucoup; sa belle nappe d'eau est sillonnée sans tsse par des pirogues qui portent plus de vingt personnes ^t font le trajet d'une rive à l'autre. Une circonstance '^rticulière du régime du fleuve a eu son influence sur la '^partition des habitants de cette région. C'est presque tou- <m la rive droite que suit le chenal navigable et c'est aussi ^îrla rive droite que sont massés les villages, tandis que ^'icbïé opposé les centres d'habitation sont assez distants i rives du Niger. Sêgou-Sikoro, capitale du petit État (ùmadou-Cheïkou, s'élève en amphithéâtre sur la rive

70 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

droite, montrant ses cases assez régulièrement construites en terre, des fondations jusqu'au toit; le palais royalties mosquées et les demeures des hauts fonctionnaires sont édifiés avec plus de luxe, mais avec les mêmes matériaux.

En descendant toujours le cours du fleuve on arrive bien- tôt à Sinsâni, la Sansandig de Mungo Park. Du grand village qu'elle était au commencement du siècle, il ne reste guère plus maintenant qu'un amas de ruines.

A partir de Diafarabé, la Diafarabé de la carte de Mage, le Dhiôli-Ba prend un tout autre aspect. Il se divise en deux grands bras principaux, est et ouest, réunis entre eux par une quantité de petits bras, sortes de bayous, comme on dit en Louisiane, ou de marigots, pour parler comme au Sénégal, qui, s'enchevêtrant dans tous les sens, forment des îlots couverts d'herbes. De loin en loin, sur les bords des bras secondaires du Dhiôli-Ba, se dressent des bouquets d'arbres de haute futaie : figuiers, fromagers et palmiers- ronniers; ils indiquent avec certitude l'emplacement des anciens villages qui florissaient il y a trente ans, alors que prospérait, nous ont appris Mungo Park et René Gaillié, l'actif commerce fait par pirogue entre Sêgou, Djinni et Tim- bouktou.

Les géographes n'ont pu jusqu'ici apprécier l'importance des levés exécutés par M. Davoust au cours des voyages de notre canonnière; ces levés ont sans doute été s'enfouir dans des archives ils dorment inutiles.

Depuis quelques années déjà le nom de Samori nous parvenait comme celui d'un conquérant en passe de ré- nover la carte politique de la partie du Soudan qu'arrose le Dhiôli-Ba. Samori n'est que le surnom du personnage qui s'appelle Samoudou, fils de Làfia, un mandingue par la race; son royaume, dont le nom ne figure pas sur les cartes les plus récentes, est le pays de Koni, près des sources du Dhiôli-Ba ; ses sujets sont les Koni-nké.

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 71

Aa commencement de cette année, le gouverneur du Sé- négal décida d'envoyer une sorte d'ambassade à l'étoile qui montait sur l'horizon et qui, dans l'esprit des nègres, celait autre que celle d'un nouveau prophète musulman. L'ambassadeur choisi fut le capitaine Fournier, auquel forent adjoints trois officiers indigènes. Le 20 mars 1886, à Mosala, dans le pays de Manding^ àéjk parcouru, en 1881, par Texpédition du colonel Borgnis- Desbordes, M. Fournier rencontrait l'escorte nombreuse que ^^mori avait envoyée à sa rencontre. Passant par Boroubou- :oula et traversant ensuite la rivière Koba, il reçut à Danka l'bospitalité du chef nègre. Près des sites déjà déserts des villages de Sîguiri et de Tiguiribiri, il voyait le Dhiôli-Ba et iiienlôt après, coupait le Ba-Fing ou Tankisso, Cinq jours #s son départ de Mosala, M. Fournier arrivait à Keniébi- Koura, la résidence actuelle de Samori, située à peu près âGD degré et demi dans le nord-est de Galaba le sous- Heutenant Alacamessa avait trouvé, il y a cinq ans, le con- (luérant dans une autre capitale. Le rapport du capitaine Fournier et la carte qui doit -accompagner ne sont pas encore parvenus à la connais- sance du public, et nous n'avons pu qu'utiliser les courtes indications publiées par les journaux pour parler de la partie géographique d'une mission dans une région de Afrique ignorée hier encore à tous les points de vue. Ce qu'il importe de retenir des premières indications amies par le capitaine Fournier, c'est que Samoudou, Is de Kâfîa, le Samori des dépêches, n'est ni un musul- man fanatique, ni un prophète comme fut Alagui 'Omar, -imori est un homme politique qui élaye des aspirations éculières sur sa qualité d'affilié à la confrérie de Sîdi 'Abd- •i-Qâder El-Ghîlâni, celle-là même qui servit de piédestal au ^<ibdi du Soudan.

Samori a donné la plus haute preuve de sa tolérance reli- euse et de sa confiance en nous lorsqu'il a confié son fils

72 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

Karamoko au capitaine Fournier pour lui faire visiter la France,

Examinons maintenant la part de l'étranger dans les explorations africaines, en commençant par les voyages qu'a exécutés dans le bassin du Congo M. Grenfell, missionnaire anglais de la confession baptiste. Us ont été commencés sur le territoire français et se confondent sur un point important avec les travaux de M. Dolisie, Tun des membres de la mission de M. de Brazza. Ces quatre voyages de M. Grenfell, accomplis sur un petit bateau à vapeur qui porte le nom souriant de Peace, précisent la connaissance du Congo jus- qu'aux chutes Stanley, à 760 kilomètres, en chiffres ronds, à l'est du confluent de TOubangui; ils inaugurent ou com- plètent la connaissance de plusieurs grands affluents du Congo sur une longueur de beaucoup supérieure à la distance que nous venons d'indiquer.

Le rapporteur est forcé de remonter quelque peu en ar- rière du commencement de Tannée, les faits rétrospectifs à mentionner n'étant connus que depuis trois mois. Au lieu de suivre le missionnaire dans ses quatre voyages sur les tributaires du Congo, il groupera d'abord tout ce qui se rap- porte aux affluents du nord, c'est-à-dire de la rive droite, pour parler ensuite des affluents du sud.

Au nord-est de l'étang Stanley, M. Grenfell, monté sur un vapeur long d'une vingtaine de mètres, a exploré la Lefini jusqu'à 4 kilomètres du confluent, en un point des collines font obstacle à la navigation. Puis c'est la N'kémé ou Mikenyé, au courant rapide, que le Peace remonte pendant 80 kilomètres, c'est-à-dire aussi loin que le permet son tirant d'eau. Sur cette rivière M. Grenfell trouve, comme habitants, les Bangouloungoulou, subdivision du peuple batéké, désormais allié de la France. Plus loin il relève le confluent de l'Alima, dont le débit, de plus de 226 mètres cubes à la seconde, est encore d'un dix-huitième inférieur

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 73

à celui de la Kwango. Continuant sa route il examine le delta du confluent de la Likona, appelée ici M'bounga, puis il arrive à TOubangui ou à la Mobangui, si nous préférons la nomenclature de M. GrenfelU Vu la largeur de cette ri- Tièreàson confluent le missionnaire anglais crut, lors de son premier voyage, continuer à remonter le Congo, alors qu'il s'engageait dans TOubangui, Le cours inférieur de ce der- nier cours d'eau est habité par une tribu extrêmement crain- tive et encore plus arriérée, les Baloï, qui, dans leur logique prinoitive, manquèrent d'affamer M. Grenfell en refusant de vendre des vivres à un « esprit surnaturel ». C'est plus lard, en février 1885, que le voyageur anglais réussit à re- monter rOubangui jusqu'à plus de S"" de latitude à compter da confluent situé vers de latitude sud. Dans cette ieureuse tentative il reconnut qu'à partir de 2** 30' de lati- tude nord le pays, plat jusque-là, s'accidente de collines, et îu'à partir de 3<>50' de latitude nord, le nombre des écueils oblige le navigateur à une surveillance de tous les instants lors des basses eaux. Sous la latitude de 4* 27' nord, l'Ou- langui, coulant de l'est-nord-est, a fait brèche au travers d'une barrière de roches de quartz et d'argile rouge. Le passage de cette gorge ne causa aucun accident au bateau Uapeur, mais, au delà, on rencontra des gens hostiles. Perchés dans les arbres, ils n'ont qu'à tirer l'échelle de corde qui les met en communication avec la terre, pour se Irouver dans une citadelle aérienne d'où ils envoient à l'ennemi leurs flèches empoisonnées. M. Grenfell ayant prévu le cas. les flèches s'arrêtèrent sur le treillage en fil de fer qui bordait le Peace. Cependant, il fallut virer de bord, et à peine avait-on dépassé le dernier village de ces arboricoles, ;ue le vapeur toucha et se creva. Sans ses compartiments (tanches, le Peace était perdu. 11 suffit heureusement de l'échouer pour réparer tant bien que mal l'avarie et pouvoir regagner ensuite le Congo. Plus en amont, M. Grenfell a remonté sur 48 kilomètres

74 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

la Ngala {ngala veut dire rivière) qui apportait au Congo 708 mètres cubes à la seconde (basses eaux); sur 193 kilo- mètres la Loîka ou Itimbiri qui arrose un pays accidenté* pittoresque et relativement très peuplé. Les chutes de Lobi, par S^'SO' de latitude nord et 21H0' de longitude ouest de Paris, arrêtèrent le voyageur sur cette rivière. Enfin, le dernier affluent nord du Congo, sur lequel M- Grenfell apporte des données nouvelles est la M'boura, formée par deux cours d*eau qui se réunissent à 4 kilomètres du con- fluent dans le fleuve; le bras nord-est, le plus large, et le bras est sont bientôt barrés par des cataractes.

Des tributaires de la rive sud du Congo le plus important, la Kasaï, se jette dans le fleuve à Kwa-moulh, à « Tembou- chure de la Kwa », après avoir reçu, à Nzadi-Mbé, la Kwango grossie de ses nombreux tributaires. C'est après la réunion avec la Kwango que la Kasaï prend le nom de Kwa. Dans son premier voyage, M. Grenfell avait observé la longi- tude (15M0' est de Pari?) du point la Kwango se jette dans la Kasaï, et il avait remonté cette rivière en se figu- rant naviguer sur l'autre, illusion tout à fait pardonnable quand on marche en découvreur, comme c'était le cas de M. Grenfell.

Le missionnaire s'est avancé jusqu'à 5û22' de latitude sud en remontant les cours d'eau du bassin de la Kasaï, rivière que Livingstone avait coupée près de ses sources en 4854. Les explorations de son successeur nous font voir d'une manière presque certaine comme tributaires de la Kasaï, tous les grands cours d'eau de l'est, au sud du degré de latitude sud et jusqu'à la Lomàni de l'empire de Lounda; ce dernier cours d'eau coule à 150 kilomètres seulement du Louâlaba, c'est-à-dire du haut Congo. Voilà un grand trait de la géographie physique assez nettement accusé pour pou-' voir être enregistré avec certitude.

M. Grenfell a poussé ses itinéraires et fait des mesures du débit des rivières dans ce bassin secondaire, tributaire du

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 75

Congo. D'après ces mensurations nous devons classer comme suit l'artère et les veines du réseau: d'abord la Kwa (au-dessus du confluent de la Kasaï) ; puis la Kasaï, la San- tourou, la Louloua, TEtembroa, la Lebouï, la Louballa et eDfiDlaLoueba.

Selon M. Grenfell, la Kasaï, malgré la rapidité de son fonrant, promet de devenir la meilleure voie pour le commerce dans toute cette région, car le terrain est eflcore vierge au point de vue commercial. Pour deux col- liers de verroterie on y achète une défense d'éléphant qui vaudrait 75 francs sur le marché de Londres. Remarquons enfin que la Kwango, considérée jusqu'ici (^omme le cours principal du faisceau des rivières qui ar- Wau Congo à Kwamouth, prend bien, en effet, sa source plus loin dans le sud qu'aucun des cours d'eau que nous îwions considéré jusqu'ici comme ses affluents, mais que, ii^TâQt toute apparence, la Kasal, avec son immense réseau ^fi tributaires confinant à celui de la Louâlaba, apporte finement à Kwamouth plus d'eau que n'en apporte la Swango.

Quand on remonte le Congo en suivant sa rive sud, à 'embouchure de la Kwa succède celle de la Rouki, de la l^-âck-River ou rivière Noire des Anglais, qui joint le fleuve à ^oateurville. Peut-être ce cours d'eau est-il relié aux lacs Minloumbaet Léopold II, dernières découvertes de M. Stan- ^?- En tout cas elle est formée par la Bosira et la Djouapa, î^e M. Grenfell a explorées sur plusieurs centaines de kilo- mètres. Plus loin et toujours sur la rive sud du Congo, le *sionnaire anglais relève l'Ikelemba, un tributaire moins ^nsidérable que ses voisins de l'ouest et de l'est; puis la Wanga qui vient de l'est et qu'il remonte sur près de '^^ kilomètres; enfin le Boloko, qui prend plus haut les ^oïDsde Loubilach et de Lomâmi, noms à double ou mul- ple eoiploi puisque nous les avons déjà dans le bassin de ^ Kasaï. Au confluent de la Loubilach M. Grenfell trouve

*^i*

ib RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

campée une colonne de pirates musulmans qui venaient de subir un échec sur le haut de la rivière. Pareilles visites^ tou- jours dangereuses pour Tordre de choses établi avaient été jus- qu'alors épargnées aux populations de cette région éloignée de la côte orientale. C'est le flot de l'invasion musulmane qui, partant de l'est, a déjà atteint, au sud deTéquateur, lecentre du continent ; l'invasion a donc fait, depuis quinze ans, un progrès de plusieurs degrés de longitude. Comme consé- quence de la lutte soutenue par les aborigènes contre les musulmans, le missionnaire fut assailli à coups de flèches. II n'en remonta pas moins le cours tortueux de la rapide Boloko jusque par 1°33' de latitude sud où, à l'altitude de 41 1 mètres, elle débite encore 991 mètres cubes à la seconde. L'importance du rôle de la Boloko dans le bassin et dans le régime du Congo ressort du fait que si, comme on peut l'admettre d'après la carte de M. Grenfeli, les derniers affluents est de la Kasaï lui appartiennent, il faut chercher sa source vers le 30' de latitude sud. Les successeurs de M. Grenfeli auraient donc pour lot la découverte de 800 kilo- mètres du cours de la Boloko.

De cette reconnaissance le missionnaire rapporte une autre constatation intéressante, c'est que la race des Balolo qui commence à se montrer sur le Congo, à l'embouchure de la Rouki, étend son domaine jusque sur la haute Boloko, par conséquent sur 5 degrés de longitude, au minimum.

D'autre part les découvertes des collaborateurs de M. de Brazza ont trouvé aussi un utile complément dans les résul- tats des explorations de trois Espagnols, MM. Manuel Iradier Bulfy, Montes de Oca et Ossorio au nord du Gabon et de rOgôwé, accomplies de Tannée 1884 à Tannée 1886. M. Ira- dier Bulfy n'est pas un nouveau venu dans ces parages; il avait déjà exploré, de 1875 à 1877, le petit territoire du bassin du Mouni; d'après les données espagnoles, ce territoire, enclavé dans les possessions françaises, appartenait à TEs-

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 77

pagne* avec un développement décotes de 67 kilomètres sur laiaiedeCorisco, à partir de la pointe d'ilendé (ri7'40'' de latitude nord) jusqu'à l'embouchure de Tlmana (0"55'40" de latitude nord).

Dans sa dernière expédition faite en compagnie de MM. Montes de Oca et Ossorio, M. Iradier Bulfy a sillonné d'itinéraires le pays compris entre 0*30' et de latitude nord, entre la côte de l'Atlantique et la longitude de 9*15' environ à l'est du méridien de Paris. Ses travaux ainsi que ceux de ses compagnons apportent des additions et des corrections à la carte du bassin de l'Ëtembwé ou Rio del Campo, dont ils onl. suivi l'artère principale jusqu'à 215 kilomètres de la côte; ils modifient aussi la carte du bassin de l'Eyo ou Rio SanBenito, et du bassin du Mouni dont Du Cbaillu^ en 1850, et M. Serval, lieutenant de la marine française, en 1862, avaient esquissé les premiers traits.

Une partie intéressante du travail de M. Iradier Bulfy est consacrée à l'anthropologie de la race benga, dont le nom se déûgure en venga sous la plume de l'auteur espagnol, bien que, grâce à un missionnaire américain, la langue benga possède depuis trente et un an une grammaire et une traduction d'une partie de la Bible. M. Iradier Bulfy a procédé à des mensurations anthropométriques non seu- lement sur des individus vivants des Benga, mais sur les squelettes d'une race différente qui les a précédés dans ces parages, et cette découverte qui se résume en une ligne aura probablement une certaine portée quand il s'agira de faire i'iiistoire définitive des races humaines en Afrique.

Depuis l'exploration hardie accomplie en 1860 par le capitaine Vincent, aujourd'hui colonel, l'Adràr, région montagneuse et moins inféconde que presque tout le reste

1. Ceci est dit d'après les données espagnoles. Comparer les cartes de Coello dans le tome IV n* 4 (de 1878) du Boletin de la Sociedad geo^ grafica de Madrid,

V

78 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

du Sahara occidental, entre le Maroc et le Sénégal, n'avait pas été revue par des géographe» européens. Cette année-ci une mission espagnole a pris TAdrâr pour objectif. L'Es- pagne semble vouloir recueillir dans ces parages et faire fructifier une partie de l'héritage des anciennes possessions et relations extérieures du Portugal, qui lui-même avait trouvé des premiers jalons posés par l'initiative des négociants dieppois et catalans. L'Espagne s'est installée au nord du tropique du Cancer, dans une baie pro- fonde, le Riu de Lor, Rio do Ouro ou rivière de l'Or. C'est ainsi que l'ont nommée les découvreurs catalans en 1342, et leur successeur le Portugais Affonso Gonçalvez Baldaya qui fit même accomplir en 1436 la première ten- tative d'exploration par terre. Bientôt après, le commerce de l'or et des esclaves, les facilités offertes à la grande pêche par une large baie, profonde de 40 kilomètres et abritée des vents d'ouest, attirèrent les Portugais. L'in- fant Dom Pedro fit ériger une tour sur l'îlot de Herné dans le Rio do Ouro. A cette époque les caravelles pouvaient s'engager dans la baie; les observations de l'amiral baron Roussin, faites 382 ans plus tard, nous montrent que l'en- sablement qui s'était produit dans l'intervalle, à l'entrée du Rio do Ouro, ne laissait plus passage qu'à des canots.

La situation a-t-elle changé depuis lors ? Quoi qu'il en soit, assez récemment les Espagnols se sont établis sans bruit dans le Rio do Ouro, et, décidés à profiter des avan- tages de cette baie comme point de pénétration en Afrique, ils ont organisé une mission dont la présidence a été confiée à un capitaine du génie, M. Cervera y Baviera, auteur de travaux géographiques sur le Maroc. Les autres membres de l'expédition pacifique étaient un professeur au musée d'histoire naturelle de Madrid, le docteur François Quiroga, et M. Philippe Rizzo, le négociateur de tous les traités récents conclus entre l'Espagne et le Maroc, y compris le traité de Wâd Râs.

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPUIQUES . 7&

En attendant la relation complète des travaux de la mis- sion, nous pouvons, d'après une note sommaire, esquisser largement Tilinéraire suivi.

A Touest du Rio do Ouro vit une tribu de marabouts, paisible mais forte, les Oulâd Aboû Sebâ, qui, déjà liés à la France par un traité en date du 4 novembre 1831, se sont comportés en amis avec le capitaine Vincent, en 1860; plus loin dans le sud-est, on entre sur les terres de parcours des Oulâd Delîm et de la puissante et belliqueuse tribu des Oulàd Yahîya Ben *Oth mân, maltresse de l'Adrâr.

C'est le 16 juin que la mission espagnole part de réta- blissement du Rio do Ouro. Arrivée chez les Oulâd Aboû Sebâ, elle y trouve un accueil très différent de celui qu'elle pouvait espérer ; les Maures la séquestrent pendant six jours et ne lui rendent sa liberté que contre le payement d'une lourde rançon. M. Cervera y Baviera marche ensuite vers TAdrâr et ne s'arrête qu'à 425 kilomètres de son point de départ. Elle se trouvait alors dans le nord de l'Adrâr, proba- blement un peu au sud du 21 ** de latitude, mais encore en deçà des premiers villages. M. Cervera y Baviera avait forcément couper l'itinéraire du capitaine Vincent, et pro- bablement toucher aussi celui de son précurseur, notre autre compatriote Léopold Panet, en 1850.

Là, à la limite nord de l'Adrâr, M. Cervera y Baviera eut une entrevue avec le chef des Oulâd Yahîya Ben'Othman, Ahmed, fils et successeur de ce même Mohammed Ould Aïda que le capitaine Vincent avait été visiter, en uni- forme, et qui accepta non seulement l'amitié des Français, mais encore les propositions relatives à la réoccupation de J'île d'Arguin par la France.

Entre la mission espagnole, Ahmed Ben Mohammed Ould Aïda et les chefs de beaucoup de tribus du Sahara oc- cidental, il y eut échange de politesses et de cadeaux ; puis les officiers et savants espagnols prirent la route du retour les attendaient de cruelles épreuves.

80 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

D'une part M. Cervera y Baviera tomba malade d'ulcères aux jambes, causés peut-être par le ver de Guinée; il n'en continua pas moins à conduire lui-même la caravane, mais chaque jour amenait une lutte contre la mauvaise volonté des caravaniers arabes. En passant dans les tribus on en- tendait proférer des menaces de mort. Ënfin^ par une cha- leur torride, l'eau et les vivres manquèrent à la fois. Les membres de la mission reconnaissent qu'ils ne doivent la vie qu'à la fidélité d'un soldat de la compagnie des tirailleurs indigènes du Rîf, du presidio de Ceuta, et à la précaution dont ils ne se départirent jamais de placer des gardes autour d'eux aux heures de repas et pendant leur sommeil.

Malgré les conditions défavorables dans lesquelles s'est accomplie cette expédition qui se termina le 24 juillet au Rio do Ouro, après une absence de trente-huit jours seu- lement, on peut espérer qu'elle donnera des résultats scien- tifiques dignes d'attention. En effet le courage du capitaine Cervera y Baviera et de ses collaborateurs va enrichir la géo- graphie d'un itinéraire appuyé sur des déterminations astronomiques, de levés topographiques, de nivellement et de plans; la géologie y gagnera des collections d'échantillons et de coupes du terrain; la météorologie, de nombreuses observations et l'histoire naturelle de collections variées.

Un des fonctionnaires de l'État libre du Congo, M. Glee- rup, officier suédois attaché à la station de Stanley- Falls, a, le premier, fait le voyage de ce point du fleuve à N'yangwé et Zanzibar, c'est-à-dire en sens inverse de la marche du découvreur Stanley.

On s'est un peu hâté en disant, il y a quelque temps, que la traversée de l'Afrique au sud de l'équateur ne tar- derait pas à être un « voyage d'amateur ». 11 n'en est point encore ainsi ; la moitié orientale de la traversée du continent menace au contraire d*être de plus en plus difficile par suite des progrès des musulmans qui, venant

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 81

de l'est et du nord-est, sèment sous leurs pas les désastres, l'esclavage et la mort; ils éveillent ainsi chez les indigènes la haine contre tout visage blanc.

Pendant son séjour à la station de Stanley-Falls, M. Glee- rup était entré en relation avec un véritable souverain^ un soayerain d'un nouveau genre, Ahmed Ben Mohammed , depuis longtemps connu sous le surnom barbare de Tip- pou-Tib ou Tippo-Tippo. Ahmed Ben Mohammed, Arabe mulâtre, poursuit en grand, à l'ouest du Tanganyka, le commerce par caravane, y compris ces opérations qu'on appelle « commerciales » sous ces latitudes, et qu'autorise le code du Coran, comme les autorisait l'ancien code colo- nial français. Accompagné d'une forte armée pourvue d'armes à feu relativement supérieures, il opère au sein de contrées l'homme primitif n'avait pas encore senti l'in- térêt et le besoin de se grouper en nationalités ; il a bien vile ainsi effacé l'ombre de gouvernement qui existait et solidement assis sa domination.

Dès avant l'année 1874, partant du nord, il avait, lui négociant, pénétré en conquérant avec cinq cents Wanyam- wézi dans le Bisa ou Lobisa, au sud du Tanganyka, et dans l'Ouroua à l'ouest de ce grand lac. M. Gameron d'abord, M. Stanley ensuite l'avaient eu comme chef d'escorte pen- dant une partie de leurs voyages. M. Stanley spécialement lui dut, en grande partie, de pouvoir traverser les 270 kilo- mètres qui séparent le Loulindi en Ouzara, de Vinya N'djara sur le Congo. Depuis douze ans ce musulman, intelligent jusqu'à ôtre tolérant au point de vue religieux, a fondé le long du Congo supérieur des postes dont les agents lui servent à gouverner. Il a donc créé de son côté un État musulman du Congo. Témoin des surprenants efforts des Européens pour ouvrir et civiliser la région qui touche à son domaine, il admet la compétition européenne et a cherché, dès le premier jour, à bénéficier du zèle qui pousse de ses côtés tant de voyageurs. Si, au début, il leur a

soc. DE GÉOGR. 1*' TRIMESTRE 1887. VIU. ~ 6

82 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

vendu ses services, mieux instruit aujourd'hui, il les donne,

M. Gleerup s'adressa donc à Ahmed Ben Mohammed pour obtenir l'autorisation de traverser ce qui est en réalité son État; non seulement il obtint sans difficulté de voyager avec une caravane du marchand-roi, transportant de l'ivoire à N'yangwé, mais encore Ahmed Ben Mohammed lui envoya en présent une tente et se chargea de toutes les dépenses. Le voyageur s'embarqua sur une flottille de quatre bateaux qui portaient chacun vingt hommes sans compter les femmes et les enfants. A partir de Wenya on mit dix jours pour franchir les sept cataractes de Stanley; phis loin on releva les confluents de la Lira (Leopold River?) et de la Lowwa, et après avoir passé les rapides d'Oukassa, le 25 janvier 1886 M. Gleerup arrivait à N'yangwé.

N'yangwé est un centre très moderne, mais depuis trente ans qu'il existe, il s'est accru au point d'avoir au- jourd'hui une population de 10,000 habitants.

Cet essor n'est pas spécial à N'yangwé, car prenant ici la route de terre, M. Gleerup trouve à Kasongo, 40 kilo- mètres plus au sud, une ville de 8,000 habitants, entourée de jardins et de plantations; c'est même que Livingstone n'avait vu que le rudiment d'un centre de population ; dans la ville de Kasongo réside actuellement et règne presque en roi un fils de Ahmed Ben Mohammed.

Avec une nouvelle escorte, M. Gleerup traverse le Ma- nyéma que Livingstone avait vu encore un beau et riche pays, mais dont les raids des traitants d'esclaves ont déjà fait presque un désert. Le voyageur suédois, qui suit les traces de Stanley, tombe sur le Tanganyka à M'towa, en Ougouha et pour traverser le lac il prend passage à l'Ile de Kavala, sur le bateau de la mission protestante. Depuis Oudjîdji il aborde le 20 mars jusqu'à Bagamoyooùil atteint l'océan Indien le 26 juin, la géographie n'a guère plus qu'à glaner, mais nous. Français, devons à M. Gleerup un tribut de reconnaissance, car ayant rencontré à Mpwâpwà notre

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 83

vaillant compatriote M. Georges Révoil, miné parla maladie, iJ le fit transporter en hamac jusqu'en face de Zanzibar.

Le Kalaharî nous conduit un voyageur italien, M. Fa- rioi, est un phénomène géographique des plus intéressants. Il occupe une partie de l'Afrique australe située sous les latitudes oîi, dans Thémisphère boréal, le Sahara présente ses caractères les plus typiques. Cette symétrie évoque naturellement, selon M. Duveyrier, l'idée d*un agent météo- rologique, d'un vent dominant par exemple, qui exercerait les mêmes effets dans l'hémisphère austral et boréal, à la môme distance de l'équateur. Gomme dans certaines par- ties du Sahara, les plus rares à la vérité, on trouve générale- ment dans le Kalahari un sol de sable, mais plutôt de sable tassé que de sable mouvant; la végétation, surtout la végé- tation arborescente, plus riche que dans le Sahara septen- trional, y présente une grande affinité avec celle du Sahara central^ quant aux familles et aux genres de végétaux. La distinction la plus marquée entre les deux déserts est toute géographique et géologique. D'une part le Kalahari est un Sahara en miniature, qui ne couvrirait qu'un quatorzième à peine de la superficie de notre grand désert; d'autre part les surfaces pierreuses et rocheuses qui représentent de beaucoup la partie la plus vaste et la plus désolée du Sahara n'ont pas leur équivalent dans le Kalahari.

Le petit désert du Kalahari avait déjà été abordé et en- tamé de divers côtés par des voyageurs : Shalley et Orpen, en 1852, plus tard Mac Cabe, en avaient parcouru les parties orientale et centrale; de 1849 à 1861, Livingstone, Ander- ?on, Baines l'avaient traversé à l'est et nous en avaient fait connaître la partie nord-est; quant à la partie nord-ouest, de 1851 à 1863, plusieurs autres maîtres en exploration, Francis Galton, Thomas Baines et Andersen y avaient des- siné un réseau d'itinéraires. A.vaiit tout, nous constaterons qu'en supposant la limite

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du Kalahari vers le 19" de latitude, M. G. A. Farini a traversé le Kalahari oriental, du sud au nord, à peu près sur les traces de Mac Cabe et de Shelley et Orpen ; que la route du retour, courant à 200 kilomètres environ à Touest de la pré- cédente, est nouvelle sur presque tout son développement, c'est-à-dire sur près de 10** de latitude, d'un point au nord- ouest du lac Nâmi (ou Ngami), aux chutes de Georges, ap- pelées aussi les Cent chutes ijhe hundred falls), sur le fleuve Orange. Cette route du retour coupe seulement à Otoyimbindé ou *Tounobis, sur TOmaramba, les vieux iti- néraires (1851-1863) de Galton, Saines et Andersen. Il im- portait de préciser un peu, car M. Farini, d'après une décla- ration faite au début de sa relation adressée à la Société royale géographique de Londres, paraît n'avoir pas eu connaissance des travaux de ses devanciers.

Quant à la nature du sol, à la météorologie, à l'étude des races humaines qui peuplèrent ou peuplent le Kalahari, la courte communication de M. Farini abonde en renseigne- ments dignes d'attention.

Le Kalahari, plateau de 900 mètres à 1200 mètres d'élé- vation, présente dans le sud, et jusque par 26^ de latitude, des plaines ondulées, herbeuses, couvertes de bouquets de mimosées et d'autres arbrisseaux. Le sol, de sable rouge, est fertile; au nord du 26" le u désert » se couvre d'arbres qui dépassent sept mètres en hauteur. Malgré une sécheresse comme celle des trois années qui précédèrent la visite de M. Farini, l'eau se maintient en nappes souterraines situées à peu de profondeur, s'il en faut juger par la composition de la flore. De même que le Sahara possède dans l'amère coloquinte une cucurbitacée sauvage spéciale, le Kalahari produit un petit melon chargé d'eau qui, dans bien des- endroits, est une précieuse ressource pour nourrir et désal- térer les chevaux. Le Kalahari est, de plus, favorable au melon de Gafrerie, qui y atteint le poids de 75 kilogrammes. D'autres végétaux utiles à mentionner sont : un oignon sau-

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 85

Tage comestible, et un autre oignon, vénéneux celui-là, dont le suc a la propriété de paralyser les muscles.

Quant au climat, la moyenne de température du jour, en hiver, est de 15*,6 et il gèle quelquefois la nuit; en été la moyenne de la température du jour est de aô*»,?. C'est bien là, grâce à l'altitude, un climat tempéré sous des latitudes tropicales. Venant du nord, les pluies d'orage qui arrosent parfois le Kalahari sont évidemment un excédent des pluies tropicales de l'hémisphère sud.

M. Farini nous donne les premières indications précises sur les sables du Kalahari, qu'on peut maintenant seulement comparer à ceux^du Sahara. Il mentionne des sables sur une étendue de 7 à 8 degrés de latitude, entre les abords du fleuve Orange, dans Test, Bloemfontein, soit un degré et demi plus au nord, dans l'ouest, et le ^l*" de latitude sud, dans le nord. Tout l'ancien pays des Koranna contigu au Griqua Land West est sableux; plus au nord, des sables mous s'amoncellent en dunes; à Tchopa, au nord, du 28* de lati- tude, les sables forment à perte de vue des vagues qui pa- raissent marcher du nord au sud et dont les sillons inter- médiaires sont orientés de l'est à l'ouest. Parfois ces vagues s'accumulent en véritables collines appelées par les Boers Kopjey c'est-à-dire têtes, sommets.

A deux degrés plus au nord, àKuis (25%30' S.)? les sables mouvants s'entassent en dunes plus serrées poussent des arbres. Sous le 23° au contraire les dunes sont plus petites et plus espacées; vers le 22° au nord de l'Otchimbindé, la plaine ne présente plus que des sables ondulés.

Sur la route occidentale qui court à un ou deux degrés dans l'ouest de la précédente et dont le levé ajoutera quelque chose à nos cartes, les dunes seraient beaucoup moins accen- tuées et plus rares; le voyageur ne parle que de plaines de sables rouges, tapissées d'herbes, au milieu desquelles se dressent quelques arbres.

Quant à la population clairsemée de ce petit désert^

86 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

M. Farini nous montre d'abord les aborigènes Sa'ân, ou Bosjesmans, relégués dans les monts Schurve, dans le Lange Berg et à Kattea; il nous les dépeint sous un jour nouveau. Ce sont, dit-il, de beaux hommes plutôt grands, au main- tien calme et convenable, vivant dans des cavernes dont ils ornent les parois de dessins fort curieux. Peut-être faut-il rattacher à la race Sa'an les Vaalpens, asservis au Bet- chouana, et dont les femmes ont pour lot la rude tâche de pomper dans le sol, en Taspirant par des tubes, l'eau avec laquelle on abreuve les troupeaux de leurs seigneurs.

Des deux fractions de la race Koï-Goïn ou hotlentote, qui avaient colonisé le Kalahari, les Koranna ont été exter- minés par les métis ou « baustards î> et les Nama achèvent en véritables brigands leur lutte pour la vie.

La race bantoue représentée par les Betchouâna, sur la frontière orientale, l'est dans l'intérieur par les Ba-Kalahari^ métis de Betchouâna et de Matabéli.

Toutes ces tribus du Kalahari, de races si variées, sont actuellement incorporées au point de vue politique dans le protectorat anglais de Bechuana-Land ou pays des Bet- chouâna.

Un fait particulièrement intéressant et nouveau au voyage de M. Farini est la découverte, fort inattendue sous ces latitudes australes, des ruines d'un grand édifice. Cette découverte rappelle celle des ruines de Zimbabyé ou Zim- biiotS sur la limite est du pays des Matébélé (2012' S. et 29"i7' E.), due à Charles Mauch, il y a quinze ans.

A 3**3il' plus au sud et 50*21' plus à l'ouest que Zimbabyé^ M. Farini a trouvé un amas irrégulier de pierres, afTectant, par places, la forme d'une muraille. Il s'est convaincu que ces pierres ne sont qu'une partie d'un grand enclos, de forme elliptique comme celui de Zimbabyé, et long d'envi- ron 200 à 225 mètres. Mais tandis qu'à Zimbabyé l'appareil est léger, ici il est cyclopéen et se compose de gros blocs superposés. Au pied du mur, de distance en distance et sur

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 87

tout le pourtour de l'enceinte, sont des pierres ovales creusées comme des auges ou des abreuvoirs. Au centre de l'enceinte, véritable Kraal encore plus monumental que celui de Zimbabyé, régnait un dallage en blocs allongés et étroits, bien ajustés et formant une croix qui porte encore eo son milieu ce qui peut avoir été soit un piédestal, soit l'assise d'un monument. M. Farini avant fouillé le sol, en retira un fragment assez bien conservé de colonne quadran- gulaire.

Ils n'est point permis jusqu'ici d'assigner une époque à cet édifice qui n'est certainement pas l'œuvre des Boers ou des Européens. Encore moins faut-il songer à une origine phéni- cienne et citer cette fameuse Ophir, ville-fantôme que les érudits ont fait voyager des îles de la Sonde, par Tlnde et le Yemen, jusqu'en Amérique. D'autre part enfin, une critique prudente ne saurait conclure que ces ruines se trouvant, comme celles de Zimbabyé, sur les limites des Matébélé, seraient des restes de leur civilisation passée.

Celte découverte archéologique élargit le problème que celle de Charles Mauch avait soumis à l'enquête des savants.

Tout en enregistrant le voyage de M. Farini, les géo- graphes penseront qu'il convient d'attendre, pour l'appré- cier, la publication des levés et des observations exécutés en route. Le voyageur, pourvu d'un sextant et d'un chrono- mètre, avait confié à un traitant rencontré d'aventure et qu'il ne nomme pas le soin d'utiliser ces instruments.

Le consul d'Italie à 'Aden, M. Paulitschke, qui se fait une spécialité de la connaissance des pays des 'Afar et des ÇômâH du nord, avait accompli, en 1885, le voyage de Zela à Harâr. Il avait rencontré en chemin deux officiers anglais, le commandant Heath, commissaire chargé d'accom- plir l'évacuation de Harâr par les forces anglo-égyptiennes, et le lieutenant Peyton, qui se proposaient de lever au retour un itinéraire nouveau entre Harâr et Berbera. Ces officiers

88 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

ayant heureusement terminé leur voyage remirent leurs notes à M. Paulitschke, et celui-ci a publié aux Mitteilungen de Gotha la carte de son itinéraire ; c'est un précieux docu- ment de plus pour la connaissance d'une partie de l'Afrique oùle fanatisme mulsulman greffe en ce moment des difficultés nouvelles sur celles qu'on pouvait attendre de la part de populations exceptionnellement barbares et féroces.

En évacuant Harâr laissée au gouvernement de l'émir *Abd El-Chakoûr, successeur du fanatique émîr Aboû Beker qui régnait déjà en 1854 lors du voyage de Burton, le gouvernement anglais avait pourtant conservé ses posi- tions et une garnison de cent hommes, à 40 kilomètres dans le nord, à Djaldessa; il s'était réservé de môme le protec- torat de tout le pays 'afaret çômâli, dont la côte commence à la baie Qoubbet El-Kharâb du côté de l'ouest, pour finir à Râs Aafoûn du côté de Test.

Dans le petit royaume de Harâr' l'emîr 'Abd El-Chakoûr, non content de transformer l'État en un couvent de zéla- teurs et de persécuter les rares Européens fixés dans sa ca- pitale, avait mécontenté au plus haut degré les commerçants indigènes et les populations oromo ou galla et çômâli, par des règlements et des opérations qui modifiaient la valeur de l'argent.

Telle était la situation au départ de Texpédition de la So- ciété italienne d'explorations commerciales, dirigée par le comte Porro.

A l'arrivée àZêla', le 19 mars, elle trouva un bon accueil auprès du capitaine King, résident anglais^ qui organisa l'es- corte composée de Çômâli de la tribu des 'Isa, mais dans laquelle se faufila un espion ou agent secret de 'Abd EI- Chakoûr. Dès le 26, la mission quittait Zèla' et s'engageait sur la route parcourue précédemment par M. Paulitschke, touchant les puits de Ouarabot el de Dadab, pour arriver à la rivière Hensa, sous le mont Mandaka, une révolte des

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 89

chameliers fut un premier symptôme menaçant. Près de Lâs-Ma'an les voyageurs italiens entrèrent dans une région montagneuse un ennemi connaissant bien le pays se trou- Tait dans une position supérieure. Les stations suivantes furent la vallée éfe Somadou, coule la rivière Beda- not, puis Boussa et Artou, point d'eau la caravane fut rejointe par des cavaliers de Tèmir de Harâr, qui, se donnant comme amis, campèrent près des Italiens. Mais un renfort de six cents fantassins et cavaliers leur étant arrivé le len- demain, ces prétendus amis désarmèrent et ligotèrent Tes- eorte, puis massacrèrent les voyageurs européens à huit ou .dix kilomètres en deçà de Djaldessa. Cette trahison, très digne de la politique traditionnelle du gouvernement de Uarâr, avait été précédée d'une autre surprise : Temîr 'Abd El-Châkoûr, déclarant tout à coup la guerre sainte ouverte, venait d'enlever le poste anglo-indien de Djaldessa et de faire prisonnière la garnison.

Il est malheureusement trop probable qu'avec les sept malheureux explorateurs italiens la géographie a perdu aussi les fruits de leurs études sur une route, bien courte il est vrai, mais leurs observations diverses auront sans doute ajouté aux travaux antérieurs autre chose que deux cotes de hauteur, celles de l'Ouarabot et de Las-Ma'an.

L'année dernière un banquier de Saint-Pétersbourg, M. Junker, se décidait à couvrir les frais d'une expédition chargée d'aller secourir le docteur Junker, son frère, retenu prisonnier, avec le docteur Schnilzler, Emin-Bey, sur le haut Nil, dans l'ancienne province équatoriale égyptienne, depuis longtemps séparée de la civilisation par la révolte da Mahdi. Pour la conduite de cette difficile mission, il jeta les yeux sur un explorateur allemand, M. G. A. Fischer, qui depuis neuf ans avait accompli plusieurs remarquables explorations dans l'Afrique orientale. Le docteur Junker et Emin-Bey, bien connus par leurs travaux géographiques,

90 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

étaient armés dans le haut Nil il y a neuf ans, à la fin de 1876. Aujourd'hui que le fanatisme musulman domine absolument toutes ces contrées, comme le prouve le meurtre récent de Tévêque Hanniiigton, il faut rappeler que, dès son arrivée à Oulagalla, capitale de l'Ouganda, M. Schnitzler avait été frappé de la présence dans cette ville d'une colonie de Wahhàbites, immigrés de Zanzibar. Ce fait expliquerait la métamorphose qu'on constate aujourd'hui dans les dis- positions du roi et des habitants de l'Ouganda à l'égard des chrétiens.

Le 1" août 1885, M. Fischer, quittant la côte orientale à Tembouchure du Pangani, s'engageait sur une route nou- , veile, car au delà des soixante premiers kilomètres, jusqu'à Foûga, visitée par Burton en 1857, le pays était inconnu. Marchant au sud de l'itinéraire du baron von der Decken, il traverse successivement l'Ousambâra, le N' gourou, le vaste territoire des redoutés Masaï, qui s'étend à l'ouest du Kilîma- N'djâro. Forcé de faire un long détour dans l'Ousoukouma, au sud du Nyanza, il longe le cours de la Chimyou, et en octobre 1885, il arrive à la pointe sud du lac, à Kagueï. A l'âge d'or de cette région, au point de vue des relations extérieures (il s'agit de l'année 1875), la flotte du roi ou empereur M'tésa commandait toute la surface du lac et un voyageur européen aurait pu être rapidement transporté de Kagueï au rivage d'Ouganda. Sous le règne de M'wâhga, successeur de M'tésa, M. Fischer n'a que le choix entre les deux routes de terre, à l'est ou à l'ouest du N'yanza; il doit éviter à tout prix l'Ouganda et tous les autres pays soumis au Kabaka (empereur, roi d'Ouganda) devenu l'ennemi des Européens.

D'octobre 1885 à janvier 1886, il reste stationné à Kagueï et, s'étant mis en correspondance avec M. Mackay, mission- naire protestant anglais en Ouganda, il apprend queles doc- teurs Schnitzler et Junker, ainsi que le voyageur italien Gasati sont vivants et bien portants près de l'Ounyoro, royaume indé-

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 91

pendant de TOuganda, et situé comme on sait entre les lacs Njanza (Victoria) et Loula-N'zigué (Albert). Des deux voies déterre entre lesquelles M. Fischer devait opter, celle de Test l'obligeait donc à passer par TOuganda ; celle de l'ouest, au contraire, aurait permis au voyageur d'arriver en retra- çantritinéraire déjà suivi par Speke, en Ounyoro, sans s'être mis entre les mains du roi Mwanga. Mais la perspective f autres dangers ou difficultés, en tout cas celle d'un voyage en pays inconnu, fit pencher la balance pour la route de l'est. M. Fischer comptait tourner l'Ouganda.

Au concimencement de 1886, il découvrait une partie du pays de Kavirondo, déjà entrevue par Thomson, le Nioro et le Bauguagara; au delà il touchait le lac Baringo dont le bassin, bien étudié précédemment par M. Thomson, élait' alors désolé par une famine. Les marchandises, soi- gneusement choisies pour satisfaire aux goûts des habi- tants de l'Ouganda, ne valaient rien ni chez les Masal, ni autour du Baringo, le produit industriel le plus re- cherché est le fil de laiton. Déjà d'ailleurs, M. Fischer HAi à bout de ressources; les lourdes dépenses du person- nel, grossies des droits de passage, avaient épuisé le crédit ouvert par la maison Junker et mis fin à la mission. M. Fis- cher choisit du moins, au retour, une route nouvelle pour ia géographie. Après avoir traversé le pays inconnu de Ki- kooyou, au sud du mont Kénia, il a gagné directement le port de Wanga, vis-à-vis l'île Pemba, il arrivait le 21 juin de celte année. Malgré l'insuccès regrettable de cette mission, :I est à peu près certain qu'elle marquera un progrès dans la géographie de l'Afrique orientale. Le voyageur ne recueil- era pas les félicitations des Sociétés de géographie et de opinion publique, car il est mort à Berlin, le H novembre iernier, emporté par une attaque de fièvre bilieuse dont il tvait évidemment contracté le germe en Afrique.

Comnae Tan dernier, donnons un aperçu des faits poli-

92 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

tiques d'actualité qui intéressent la géographie de l'Afrique et devront prendre place sur la carte.

Suivant une convention intervenue entre la France et la Turquie, le point de départ de la liniite, jusqu'alors assez vague, entre la Tunisie et la province turque de Tripoli de l'Ouest (Tarâbolis El-Gharb), que nous nommons la Tripo- lilaine, a été fixé à Râs-Tâdjer, échancrure du littoral mé- diterranéen située à l'est du cap d'Ël-Bibân. La convention sur laquelle s'appuie cette délimitation obligera donc les cartographes à reporter l'ancienne frontière de 32 kilomètres dans l'est ; toute la grande baie d'El-Bîbân est maintenant sous le protectorat français.

A la demande des trois sultans des îles Angâzîya,N'zouâni et Moâli, du groupe des Gomores dont fait partie notre colonie de Mayotte, l'archipel tout entier, ce groupe insu- laire situé à moitié chemin entre la pointe nord de Mada- gascar et la côte de Mozambique, a été pareillement placé sous le protectorat de la France.

Dans le Soudan occidental, l'almamy ou roi et pape mu- sulman a obtenu le même résultat pour son royaume déjà enclavé au nord et au sud entre nos possessions.

Par suite de la mort du ddmel ou roi du Kayor, Samba Lawbé Bouri, puis de l'agression et de la mort, dans un combat acharné contre nos troupes, de son oncle et prédé- cesseur Lat-Dior, le Kayor, royaume nègre au nord du bas Sénégal est devenu, de fait, comme il était sur le papier depuis quelques mois, une possession française qui a été divisée en six provinces par un arrêté du gouverneur du Sénégal.

Le débat géographique et historique est encore ouvert au sujet de la véritable limite nord des droits territoriaux de la France sur la côte du Sahara, au nord du Sénégal, première colonie française, car elle compte plus de cinq siècles d'existence. Il a donné lieu à la publication de diverses

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 93

Dûtes contradictoires : MM. Duhamel et Romanet du Gail- laud ont apporté dans nos comptes rendus de nouvelles lu- mîères sur la question ou de nouveaux arguments en faveur de notre cause; le capitaine de frégate Fernandez Duro a soutenu la thèse contraire avec beaucoup de véhémence et un véritable luxe de citations dans le Boletin de la So- ciedad geografica de Madrid.

Le point en litige est la propriété de la baie du Lévrier, formée par le cap Blanc, que M. Duveyrier avait réclamée l'année dernière, pour la France, à propos des indications portées sur une carte d'Afrique récemment publiée à Gotha et qui attribuait à l'Espagne la baie du Lévrier.

On sait que le cap Blanc qui s'amorce, par sa base, aunord, sur la côte du Sahara, s'étend au sud, laissant entre le con- tinent et le cap une baie, profonde de 44 kilomètres, sorte de (( remise », en terme de pêche, pour les poissons dont la capture et la vente font l'objet d'un commerce considérable» C'est la baie du Lévrier. S'appuyant sur le degré de latitude mentionné dans les traités, qui est celui de la pointe du cap, la carte dont il s'agit avait considéré comme restant en dehors des possessions françaises cette baie du Lévrier, bap- tisée du nom d'un vaisseau français. Notons que, dans les traités, les points appartenant à laFrance sont énumérésici^ du sud au nord, en partant de l'embouchure du Sénégal. Notons aussi que, jusqu'à présent, depuis le traité du 3 sep- tembre 1 783, entre la France et l'Angleterre, aucune con- vention internationale n'est venue modifier nos droits sur ces parages, sauf une transaction par laquelle, en 1857, en échange de la factorerie d'Albréda, sur la Gambie, les Anglais ont renoncé à la faculté de commercer sous voiles entre l'embouchure de la rivière Saint-Jean {VAcheïl des Maures) au nord du cap Timîris ou Mirik, et Porten- dîck.

En attendant que le ministère des affaires étrangères exhibe au gouvernement espagnol, s'il ne l'a déjà fait, les

94 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

instruments des traités, nous pouvons nous tranquilliser en nous reportant aux termes dans lesquels un capitaine de génie, M. S. M. X. Golberry, premier aide de camp du gou- verneur du Sénégal, de M. de Boufflers, et chargé aussi des fonctions d'ingénieur en chef dans tout le gouvernement (1785-1787), traite la question en 1802. Il s'exprime ainsi : <( Le ressort du gouvernement du Sénégal, tel qu'il était en 1787, s'étend au nord jusqu'au cap Blanc de Barbarie. Toute la côte comprise entre ce cap et la barre du Sénégal était dans sa dépendance ^ i> Or, pour laisser la baie du Lévrier en dehors des possessions françaises, il faudrait sup- poser soit une légèreté, soit une restriction mentale difficiles à admettre de la part d'un officier; en effet, en suivant la côte à partir de la pointe du cap Blanc de Berberie, on fait le tour complet de la baie du Lévrier. M. Golberry était d'ailleurs aussi dans la meilleure situation pour connaître la lettre et l'esprit du traité.

Avec le Portugal, la France avait à régler des questions de frontière ou de protectorat tant au sud de la Sénégambie qu'au nord du Gabon. Le 15 mai 1886, un traité a répondu à ce besoin des gouvernements des deux nations. Le Portu- gal a cédé à la France le poste de Ziguinchor sur la Casa- mance qui devient, par le fait, un cours d'eau tout français. Le Portugal reconnaît en outre le protectorat français sur le royaume de Foûta Dhiallon ou Foûta-Djalon, qui trouve maintenant, comme débouchés commerciaux sur la côte, toute une ligne de postes français et de factoreries fran- çaises.

Le même traité fixe comme suit les limites des possessions portugaises au sud de la Sénégambie : au nord, une ligne partant de la côte, au cap Roxo, et passant à égale distance de Casamance et du Rio San Domingo de Cacheu, jusqu'à

1. Fragments (Vun voyage en Afrique, t. 1", p. 38.

ET SUR LES PROGUÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 95

[TW de latitude nord et 17^30' de longitude ouest de Paris; suivant, de là, la latitude précédente jusqu'au 16® de- gré de longitude et descendant ce dernier jusqu'à 11'40' de latitude nord. De ce point la frontière va rejoindre la côte à rembouchure du Rio Gajet. L'archipel des Bissagos est compris dans la zone de mer appartenant au Portugal.

La France renonce à ses droits ou prétentions sur le petit fleuve Cassini et autres points compris dans les limites de ces possessions portugaises.

Au nord du Congo la colonie portugaise de Kabinda voit s'étendre sa limite septentrionale jusqu'au point oti la Loéma ou Louemmé se réunit avec la Loubinda, pour former le petit fleuve côtier Louisa Loango. De ce confluent la fron- tière court entre les deux rivières jusqu'à la source la plus septentrionale de la Louali, tributaire sud de la Loéma. Plus loin la frontière suit la ligne de partage des bassins de la Loéma et du Ghiloango; ce dernier, d'autre part, déli- mite le territoire de TÉtat libre du Congo jusqu'au confluent de la Loukoulla ou Loukoulou. La partie des possessions portugaises dont nous venons de parler forme donc une enclave entre les possessions françaises au nord et TËtat libre du Congo, au sud.

Outre les conquêtes pacifiques qui précèdent, le Portugal a vu l'empire de Lounda, sur les affluents sud du Congo, accepter son protectorat. Ce résultat a été obtenu par le commandant H. de Carvalho sur le voyage duquel manquent encore les indications géographiques. Désormais il y aura à la cour du mouata-yanvo de Lounda un résident politique portugais.

D'après une convention intervenue entre l'Allemagne et la FrâJice, au commencement de cette année, l'Allemagne renonce, au profit de la France, à toute prétention sur les territoires de la côte occidentale d'Afrique situés au sud du Rio del Gampo, qui débouche dans l'Océan par 2*^ 22' de lati-

96 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

tude nord environ ; ainsi est augmentée et assise notre sphère d'action dans l'Ouest africain, nous n'avons plus, en riva- lité avec nous, que les prétentions de l'Espagne. L'Allemagne renonce aussi à toute prétention sur les territoires de la Sénégambie situés entre le Rio Nunez et la Mallecory, et en particulier sur les districts de Koba et de Kabitaï avoisinant la baie de Sangareah. Par contre la France reconnaît le protectorat allemand sur une bande de la côte de Guinée qui comprend le pays de Togo et Porto Seguro.

En deux années à peine une compagnie allemande, la Société de l'Afrique orientale, fait, sans bruit, ce qu'on peut appeler un coup de théâtre. Son œuvre de 1884 à 1886, dont le précédent rapport ne pouvait indiquer que les débuts, nous place aujourd'hui en présence d'un nouvel État, comme une sorte de pendant à ce que futjadis en Amérique la com- pagnie de la baie d'Hudson. Agissant en son nom, dès le mois de décembre 1884, le docteur Peters et le comte Pfeil se faisaient céder les pays d'Ousagara, de N'gourou, d'Ouse- gouha et d'Oukami; au mois de juin 1885 le docteur Jûhlke et le lieutenant Weiss obtenaient tout le territoire au milieu duquel se dresse le sourcilleux Kilima-N'djâro, ainsi que le vaste pays d'Ousambara et le Paré, TAroucha et le Djagga qui touchent à ce Mont Blanc de l'Afrique équatoriale. Par un traité de la môme date le comte Pfeil englobait le pays de Khoutou dans les domaines de la compagnie. Au mois de septembre et de novembre suivants M. Hœrnecke et le lieu- tenant von Anderten lui obtenaient les mêmes droits sur cette immense étendue de la côte des pays çomâlis qui part d'un point situé entre les ports de Berbera et d'Alloula et le portde Warcheîkh. Simultanément le comte Pfeil et le lieu- tenant Schliiter acquéraient l'Ouhéhé, l'Oubena, le Wamat- chondé, le Mahengué et le Waguindo. Un mois plus tard la compagnie ajoutait à son domaine l'Ouzaramo par les soins du lieutenant Schmidt. Le pays de Yitou avait été acquis

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 97

paruQ autre comité allemand; enfin M. Lucas se faisait céder, pour la société de l'Afrique orientale, les droits sou- rerains de la dynastie des msâra, rois de Monbâsa. Une commission internationale a été saisie de cette seule partie des transactions politiques dont nous parlons.

Presque toute la côte de l'Afrique orientale est ainsi deve- nue possession allemande et il ne resterait plus au sultan de Zanzibar, hier encore considéré comme maître de celte vaste région, qu'un lambeau de 250 kilomètres du littoral de Warcheïkh à Barâwa.

Dans rintérieur du continent les territoires de la compagnie allemande suivent la Rovouma qui débouche dans l'Océan à quelques kilomètres nord de Rfls Souabou ou cap Del- gado, limite sud des domaines du nouvel Etat anonyme ; ceslerritoires se prolongent, d'une part, jusqu'à la source de la Rovouma et à la pointe nord du lac Nyassa; d'autre part, elles vont de l'embouchure du Kingâni au pays d'Ougogo, de la côte jusqu'à l'ouest duKilima-N'djâro. Une évaluation sommaire de la superficie de ces territoires donne environ $00000 kilomètres carrés. La ligne de côle qui les borde sar l'océan Indien mesure approximativement 3800 kilo- mètres, comptés en négligeant les sinuosités du rivage. Au point de vue des intérêts commerciaux il faut remarquer que les possesseurs de ce domaine ont actuellement entre leurs mains toutes les têtes des routes les plus directes vers la région des grands lacs; au point de vue politique il est permis de prévoir que le contact avec les tribus de race çomalie leur réserve des luttes contre les explosions du fanatisme musulman, comme celle qui mit fin, même, à l'expédition allemande montée sur un large pied par le baron von der Decken.

L'État libre du Congo, dont l'assiette et les frontières dans Touest sont maintenant bien établies, commence lui lussi la lutte obligée de la civilisation contre le fanatisme

soc* DE GÉOGR. 1" TRIMESTRE 1887. YIII. 7

98 . RAPPORT SUR LES TRAVAUX 1>E LA SOCIÉTÉ

des musulmans barbares de l'Afrique orientale; ces der- niers, après avoir été d'abord une menace pour les popu- lations indigènes, s'atlaqueni mainlenant aux pionniers européens qui sont, pour eux, les protecteurs des popula- tions indigènes, et les ennemis de la chasse à .l'esclave et du système d'extermination suivi par les chefs de bandes musulmans,

La statioa des chutes Stanley sur le Congo, installée à 185 kilomètres seulement en amont du confluent de l'Arou- wimi, et à 910 kilomètres du confljaent de TOubanguî, en suivant le fleuve, ayant été attaquée et prise par les pirates musulmans, son personnel a se retirer sur les stations plus à Tonest.

L'Angleterre tient encore TEgypIe mais restreint de plus en plus le périmètre de son occupation, qui sera bient6t limité au delta. Comme tutrice de l'Egypte, après avoir abandonné successivement la région limitrophe des lacs, le Soudan égyptien, le Kordofan, le Fôr, etc., elle a jugé à propos de retirer des troupes de l'émirat de Haràr, jadis sou- mis au Khédive. Mais, malgré les entreprises de TAlIemagne, l'Angleterre prétend toujours conserver le protectorat de la côte Nord des pays des Çomàli,. de la baie de Qoubbet £1- KharâbàRâsHafoûn.

Dans Textrême sud de l'Afrique, le gouvernement anglais, désireux de trancher une question de souveraineté, avait proposé de scinder le pays des Ams^Zoulou, appelé Zulu- land par les Anglais, en deux moitiés, dont Tune serait une dépendance de la colonie britannique de Natal, et l'autre, une dépendance de la république de Transvaal. Cette pro^ position a soulevé l'opposition à la fois des indigènes, des Ama-Zoulou, et des Boers du nord de la Yaal.

A l'actif de l'Angleterre il faut noter ici la fondation de rUpingtonia, nouvelle république, dans le pays d'Ovambo^

ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 99

au sad du Rounêné. Le nom d'où dérive le sien témoigne assez de Fidée loyaliste anglaise qui a présidé, sous Vini- (iative privée d'un homme, à la fondation du nouvel État; les Anglais espèrent y attirer les Boers, anciens habitants et maîtres de leurs possessions actuelles. Ceux-ci ont continué lear exode jusque sur les terres an nord du Kounéné.

Les prétentions de TEspagnedans TOuest africain viennent de prendre figure, par la plume du savant colonel Goello, snr une carte d'ensemble des explorations de MM. Iradier, Montes de Oca et Ossorio, dont il a été question ci-dessus. D'après la carte du colonel Goello, l'Espagne posséderait tonte la côte occidentale, de la rive nord de TEtembwé ou Rio del Gampo, au cap Joinville dont le nom a été modifié par les Espagnols en celui de cap Santa Glara. La géographie politique et surtoutla diplomatie aurontà discuter ce tracé, qui amènerait la frontière espagnole à 18 kilomètres de Libreville, chef-lieu de notre établissement du Gabon. D'autre part, il diminuerait de 44 kilomètres dans le Nord le territoire dès longtemps possédé par la France; enfin, en attribuant à l'Espagne 1^ 156 kilomètres de la partie de la côte qui fait suite, au nord, à l'ancienne limite française, jusqu'au rio del Gampo, la carte du colonel Goello paraît ne pas tenir compte des droits plus récents de la France^ non plus que de l'acte diplomatique passé cette année môme entre l'Allemagne et la France.

Voici maintennnt quelques indications sur les publica- tions auxquelles a donné lieu, depuis l'an dernier, la géo- graphie de l'Afrique.

La carie dressée (1/2,000,000') par le commandant du génie de Lannoy et publiée par le Service géographique de larmée, progresse avec toute la rapidité que comportent ^élaboration, le dessin et la gravure de chaque feuille; d'autre pari, des feuilles déjà gravées doivent être remises 5ir le chantier, car le patient et consciencieux auteur met

> 1 >

100 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

son œuvre à jour dès que lui parviennent de nouvelles données.

Pendant Tannée qui s'achève, neuf feuilles ont été gra- vées au trait; une seule, le n^ 3 (île de Madère), a paru sous sa forme complète. Les huit feuilles imprimées au trait constituent un ensemble dont les derniers événements se sont chargés de révéler l'utilité. En effet les feuilles 7 et 8 représentent le vilàyet de Benghazi et la basse Egypte avec le Caire; les feuilles 13, 14 et 15 donnent le centre du désert de Lybie et la haute Egypte; les feuilles 20, 21 et 22, le sud du désert de Lybie, la Nubie avec Khartoûn et le littoral de Souâkin ou Sawâkin, c'est-à-dire une grande partie des domaines du Khédive et du Mahdi de la con- frérie de Sîdi'Abd El-Qûder El-Ghîlâni, avec la capitale de la confrérie de Sîdi Es-Senoûsi ; or, en ces pays viennent de se passer et se passeront infailliblement encore des évé- nements qui s'imposent à l'attention de tous.

Pour célébrer la fin du premier siècle de son existence, si utile à la géographie de TAfrique, l'Institut géographique de Gotha a publié une carte spéciale d'Afrique au 1/4,000,000% en 10 feuilles teintées. Cette œuvre, dressée sous la direction de M. Habenicht, aura longtemps son intérêt, car elle indi- quera certains faits, certaines situations ou certaines pré- tendions politiques peut-être éphémères, mais qui ont eu leur jour, comme, par exemple, l'empire du Mahdî.

Mais la nouvelle carte emprunte une valeur durable pour l'enseignement, à l'indication des régions fertiles ou incultes, des parties sableuses ou solides des déserts, au tracé des chapelets d'oasis et du cours des principales vallées moins infécondes que les plateaux qu'elles sillonnent.

En dehors des travaux du Service géographique de l'armée, une mention est due hleiCarte de V extrême sud de rAlgérie (l/SOOjOOO*), qu'a dressée M. Accardo par ordre

ET SUR LES PR0&RÈ8 DES SCIENCES GËOGHAPHIQUES. 101 de H. Tirman, gouverneur général de l'Algérie. Le cadre de cette carte en 8 feailles embrasse la partie du Sahara bornée au nord par le 32° et au sud par le 25° de latitude; à l'est par le T de lon^tude orientale et à l'ouest par le de longitude occidentale. Elle comprend ainsi le pays qui s'étead depuis les grandes dunes de Zemoûl EUKebâr, de Warglâ, Hetblili et du pays des Doûl-Menla, jusqu'au Mourjdtr et à la-Calah, dans le sud ; de Ghad&niès, d'une partie du Tâ- demAyt et du Tastli des Azdjer, à l'est, au Tafllfilt et aux sables diguldi, à l'ouest. La quantité et la nature des ren- seignements fournis par cette carte témoignent à la fois du soin apporté par l'auteur et de la sollicitude du gouverneur général de l'Algérie pour une question qu'un douloureux et à jamais regrettable désastre est loin d'avoir réglée.

La Carte des établissements français au Sénégal accom- pagnée d'une notice par MM. le capitaine Monteil et le lieo- lenant Bînger, de l'infanterie de marine, se rapporte, commo le litre l'indique, au Sénégal et au bassin du Dhïôlé Ba. C'est là, tout à la fois, un travail d'ensemble mis à jour et un document de première main, car le capitaine Monteil aété, en 1884 et 1885, le cbef de la mission topographique du haut Sénégal, dont les précédents rapports n'avaient pu rien dire, faute de renseignements. Aujourd'hui encore force est au rapporteur de se borner i^ cette mention, car la officiers de la mifision ont modestement fondu et noyé leurs travaux dans ceux de tous leurs devanciers; seuls les itinéraires qu'ils ont levés ne portent pas les initiales des lû[iogrn plies. Tous les documenls anciens et modernes, fran- çais et étrangers, ont été utilisés par MM. Monteil et Binger, A côté de l'itinéraire de Rubauit, au xviii' sibcle, nous re- iHiirqaous des itinéraires tout récents, non encore utilisé*, lels que le tracé de la route suivie par le sous-lieutenant ilakamessa, du Dhiôli-Ba i G»' ' ~ ' 'IjbsiO'' dans le pays de Kissi, en 1^

f ^

102 RAPPORTS SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

1885, par le docteur Bayol et le lieutenant Quiquandon, de BammakoUy vers le nord, jusqu'au Mourdiari.

L'échelle adoptée pour cette carte, 1/750,000% a permis de représenter le pays, dans tousses détails connus, entre la latitude de lô'* 30' nord et celle de 25' sud, c'est-à- dire du fleuve Sénégal à Sierra-Léone, Le reste du territoire français du côté du nord, jusqu'à la baie du Lévrier inclu- sivement, fait le sujet d'un carton. En longitude la carte de M. Monteil donne de ouest à 20** ouest, c'est-à-dire d'un point du cours du Dhiôli-Ba à l'est de Sansané (ou Sansandi), à l'océan Atlantique. L'œuvre de MM. Monteil et Binger, qui marque bien exactement l'état actuel de nos connaissances sur le Soudan occidental, ne sera pas de longtemps dépassée. Enfin, les auteurs ont accompagné leur carte d'une notice dans laquelle ils en énumèrent et en discutent les éléments ; c'est un exemple qui ne saurait être trop recommandé.

. Passant à rAmérique nous entrons par l'extrémité nord-ouest du continent, nous rappellerons d'abord les explorations actives dont l'Alaska est l'objet. Après celle du lieutenant Gantwell qui, en 1884-1885, a reconnu le fleuve Kowak jusqu'à sa source dans quatre grands lacs situés à près de 830 kilomètres de son embouchure, et celle de l'ingénieur Mac-Lenegan qui, en 1885, a remonté le fleuve Nonatak ou Nunatak (au nord du Kowak), dont la source est pareillement un lac à environ 640 kilomètres de la c6t©^ il reste à mentionner trois explorations récentes : celles du liinitenant Allen, du lieutenant Stoney et du lieu-* tenant Schwallca.

En janvier 18S5, le lieutenant Allen entreprenait l'explo- ration du fleuve Atna ou Cooper, qui se jette dans l'océan sur la côte sud de l'Alaska. A une centaine de kilomètres de son embouchure, le Cooper se fraye un passage à travers un immense glacier. Environ 150 kilomètres plus haut, il reçoit

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ET SDR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 103

le Chitniah. L'expédition reconnut le cours principal du fleave et son affluent; le premier a une longueiïr de 209 kilo- mètres ; le second ne mesure pas moins de 480 kilomètres. Se dirigeant ensuite vers la région le Tananah prend sa source, M. Allen s'assura que cette rivière dont l'importance égale, dit-on, celle du Missouri, a une longueur de 1500 à 1600 ki- lomètres; sa largeur varied'un kilomètre à 8 kilomètres, car, encertaînsendroits, le Tananah, dont le cours est semé d'assez nombreux rapides, se divise en plusieurs bras (parfois môme quinze ou vingt) qui couvrent un très grand espace. A son «onfiuent avec le Yukon, ses eaux sont réunies dans un canal unique de 3 kilomètres de laideur. La région dans laquelle le Tananah prend sa source est couverte de lacs. On prétend même que l'un de ces lacs se déverse tout à la fois dans le Tananah et dans le Gooper.

Quittant les bords du Tananah, l'expédition du lieute- nant Allen traversa le Yukon et se dirigea vers le Kukuk ou Koyukuk, dont elle suivit le cours supérieur sur une dis- tance de 280 kilomètres. En ce point, le Kukuk reçoit un tri- butaire, dont l'expédition put, d'un sommet voisin, évaluer le cours à plus de 100 kilomètres. Les indigènes prétendent qu'il faut marcher pendant quinze jours pour arriver au suivant affluent. L'expédition, revenant sur ses pas, suivit le Kukuk jusqu'à sa jonction avec le Yukon; puis elle descen- dit ce fleuve jusqu'à Nuklukayet et enfin jusqu'au Norton Sound et au fort Saint-Michel, qui marquait le terme de son voyage. Le lieutenant Allen est rentré dans le courant de Tannée à Washington, il s'occupe de dresser la carte des régions qu'il a explorées.

Le lieutenantStx)n€y, parti de San Francisco le 3 mai 1885, passa l'hiver à Fort-Cosmos, à 560 kilomètres en amont de Tencibouchure de ce même fleuve Kowak qu'il avait décou- vert en 1883.

L'hivernage dura près de neuf mois. Le fleuve se couvrit

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dès le l""' octobre d'une couche de glace de deux mètres d'épaisseur. En janvier, le thermomètre descendit jusqu'à 31« au-dessous de zéro. La glace ne fondit que le 10 juin 1886. Le lieutenant Stoney et l'enseigne Howard n'avaient pas attendu ce moment pour commencer leurs opérations. Vers le milieu de décembre ils firent, en traîneau, des excur- sions au nord et au sud. Après avoir traversé la rivière Nortok dont ils reconnurent IsC source, ils arrivèrent dans une région semée de lacs et découvrirent un cours d'eau qu*ils présumaient être un affluent du Golville, affluent lui- même de l'océan Glacial; peut-être aussi n'est-ce qu'un tri- butaire du fleuve Meade signalé par le lieutenant Ray près de Point Barrow. Ils rencontrèrent des indigènes qui n'avaient pas encore vu d'hommes blancs. En janvier, l'ingé- nieur Lane avait envoyé au fort Saint-Michel pour donner des nouvelles de l'expédition; il était revenu en mars, après avoir fait un trajet de plus de 1600 kilomètres en pays neuf. Pendant ce temps, le lieutenant Stoney visitait le lac de Selwik.

Au mois de mars, il se dirigea vers le nord avec l'intention detraverser l'océan Glacial. Après vingt-trois jours de voyage en traîneau, les indigènes refusèrent absolument d'aller plus loin ; tout ce qu'on put obtenir, c'est que deux hommes blancs les accompagneraient au printemps lorsqu'ils iraient à la côte. De retour à Fort-Cosmos, le 8 avril, le lieutenant Stoney expédia l'enseigne Howard et le charpentier Price qui rejoignirent les indigènes, et atteignirent avec eux la côte de l'océan Glacial à 60 milles à l'est de Point Barrow, ils ne purent arriver que le 16 juillet. Ils avaient em- ployé quatre-vingt-seize jours pour faire ce trajet. Au nord de la barrière de montagnes qui traverse l'Alaska d'est en ouest, s'étend une plaine stérile, où, dans certaines saisons, il est impossible de trouver du gibier pour se nourrir. Les indigènes communiquent avec ceux de la baie d'Hud- son; ils emploient deux ans pour faire ce voyage aller et

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retour. Ils ne sont pas divisés en tribus et n'ont pas de chefs reconnus : l'individu qui possède le plus de peaux et d'objets de commerce est l'homme principal du village.

Le B^ar,.vapeur des États-Unis, qui devait ramener l'ex- pédition, était rendu le 20 juillet 1886 à Pipe-Spit, et le 24 à Point BarroWy il prenait à son bord l'enseigne Howard. Le 14 septembre, l'expédition parvenait à Unalaska, et le 10 octobre 1886, elle rentrait à San Francisco.

Elle a donc parcouru toute la région de l'Alaska com- prise entre la baie de Saint-Michel et l'océan Arctique; elle a reconnu les rivières et dressé une carte de ce vaste terri- toire.

M. Frédéric Schwatka, bien connu déjà par ses explora- tions dans l'Alaska, est reparti le 14 juin 1886 pour une nouvelle expédition. Il s'agissait, cette fois, d'une reconnais- sance détaillée des Alpes du mont Saint-Élie, sur la côte méridionale de l'Alaska. L'expédition est patronnée par M. George Jones, le propriétaire du New York Times. Un topographe l'accompagne; c'est notre collègue, M.William Libbey, le savant professeur de géographie physique au collège de Princeton.

Malgré sa proximité de la côte, le massif du mont Saint- Élie était encore entièrement inexploré. M. Schwatka nous apprend qu'il y a là, groupés sur un petit espace, un en- semble de pics dignes de rivaliser avec ceux de la Suisse et plus élevés, en tout cas, qu'aucun de ceux qu'on rencontre dans le reste des États-Unis. C'est aux abords de cette ré- gion qu'il faut aller pour rencontrer encore l'Amérique du Nord dans sa nature vierge, et trouver le terrible ours gris que la civilisation a refoulé de toutes parts.

En faisant le levé de la baie, l'expédition a découvert un fleuve dont on ne soupçonnait pas l'existence, bien qu'il soit large de 1600 mètres, près de son embouchure. Son courant est très violent et la masse de vase glacée qu'il

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charrie trouble les eaux de rOcéati jusqu'à une assez grande distance en pleine mer. Il a reçu le nom de fleuve Jones, en l'honneur du promoteur de Tentreprise.

A l'est de ce fleuve dont la bouche forme «n delta, se trouve un glacier de plus de 3 kilomètres de largeur, qui se développe sur une longueur de 80 kilomètres au pied du moat Saint'Elie. L'épaisseur de ce glacier, qui a reçu le nom de glacier Agassiz, paraît être d'environ 300 mètres. Un autre glacier, situé à louest du premier, a reçu le nom de glacier Guyot, Plus haut, à trois journées de marche, les explorateurs ont rencontré un troisième glacier, qu'ils ont appelé glacier Tyndall. Au-dessus s'étend une région abso- lument désolée, mais d'un caractère grandiose et sauvage.

Le pic du mont Saint-Élie paraît être entouré d'une cein- ture de glace. Des blocs énormes, des murailles congelées en défendent l'accès. D'immenses crevasses, larges de 10 à 12 mètres, barrent le passage ; c'est à peine si de loin en loin leurs bords sont réunis par des ponts de glace étroits et glissants. Néanmoins l'expédition, qui s'avançait par le côté sud, réussit à s'élever jusqu'à une hauteur de 2600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur ces entrefaites, un brouillard épais vint envelopper la montagne et ajouter aux difficultés de l'entreprise. Il persista pendant quatre jours entiers, et quand enfin il disparut, les explorateurs, à bout de forces et de vivres, ne purent plus que profiter de l'éclaircie pour regagner leur camp. Ils avaient l'intention, cepen- dant, de renouveler leur tentative, en attaquant le géant par le nord ou par l'est. Au nombre de leurs découvertes, il faut noter aussi celle de trois pics voisins du Saint-Élie, qui ont reçu les noms du président Glcveland, du ministre "Whitney et du capitaine Nicholls.

Une tentative infructueuse pour gravir le mont Saint-Elie avait été faite «n 1873 ou 1874, par MM. Wood et Taylor; mais ce fut, à notre connaissance, la seule.

Le point atteint par M. Schwatka, M. Libbey et leurs

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compagnons est, en tout cas, le plus élevé au-dessus de la limite des ceiges perpétuelles auquel on soit jaoïais par- venu en Amérique»

Le IK G. M. Dawson, du Geological Surv$y of Canada^ a fait connaître le résultat des reconnaissances prélimi- naires opérées dans le détroit de la Reine*Gharlotte, et sur les côtes de Tîle de Vancouver. Ce travail a de l'impor- tance aujourd'hui que Vancouver est devenue tête de ligne du chmiin de fer canadien du Pacifique, qui traverse TAmérique du Nosrd d'un océan à l'autre.

Il résulte du rapport de M. Dawson, qUe l'île de Van- couFer est ej^cessivement riche en bois de construction. Le terrain, qui, pour le moment exigerait trop de défrichement, } serait moins favorable à l'agriculture. Cependant, la partie septentrionale de l'île paraît propre à l'élève du bétail car elle présente de vastes pâturages et des terrains marécageux faciles à préserver des inondations périodiques. Les côtes sont très poissonneuses. La pêche du saumon, aujourd'hui l'unique industrie des indigènes, deviendra sans doute aussi une source de richesse.

A un point de vue plus scientifique, on sera heureux d'apprendre que l'île de Vancouver, et tout particulière- ment le détroit de Johnston, entre l'extrémité nord de rile et le continent, sont actuellement explorés par le docteur Franz Boas, parti à cet effet de New- York, le 11 septembre dernier. Les mérites de M. Boas comme explorateur sont connus et l'expédition actuelle nous pro- met de bonnes données cartographiques sur les abords du détroit de Johnston, l'un des points les moins étudiés de la côte occidentale du nouveau monde.

Le précédent rapport parlait de l'expédition envoyée sous les ordres du lieutenant Gordon, pour explorer la baie

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d'Hudson. Elle devait s'assurer si les conditions de navi- gation de la baie et de son détroit permettraient d'utiliser cette route pour écouler les riches produits de TOuest canadien et d'une partie du Far-West nord-américain. Rentré à Halifax, au commencement d'octobre 1886, d'un dernier voyage, le lieutenant Gordon déclare que le dé- troit d'Hudson est navigable du commencement de juillet à la fin d'octobre, parfois même jusqu'au milieu de novembre. Les risques que l'on court en y passant plus tôt ne sont pas considérables, et il cite l'exemple d'un baleinier, le capitaine Guy, de Dundee, qui l'a heureusement franchi dans les premiers jours de juin. Il est démontré ainsi que la baie d'Hudson serait praticable pendant au moins quatre mois de l'année, et qu'elle ouvrirait une communication sinon facile, du moins rapide entre le nord-ouest de l'Amérique et les ports de l'Europe.

Avant de quitter ces régions glacées oti l'homme a besoin de toute son énergie pour tenir tête aux forces de la nature, disons quelques mots du lac Mistassini, dans le Labrador.

Le lac ou plutôt les lacs Mistassini (car il y en a deux, un grand et un petit) étaient déjà connus depuis le milieu du xvii^ siècle : pendant longtemps, la Compagnie de la baie d'Hudson y avait entretenu un poste. Mais l'importance de ces lacs avait été beaucoup exagérée, car on allait jusqu'à prétendre que le grand Mistassini égalait en étendue le lac Supérieur, qui marque la limite entre le Canada et les États-Unis. Les explorations du Geological Survey of Canada en 1870 et 1871, continuées en 1884 et 1885, ont sensible- ment réduit ces proportions fantastiques. MM. Macoun et Low, après une tentative infructueuse faite en 1884, puis reprise en 1885, ont fixé les dimensions réelles du grand Mistassini, qui n'est autre qu'un épanchement du fleuve Rupert, lequel se jette dans la baie d'Hudson. Le grand Mistassini mesure 100 kilomètres de longueur, sur une

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largeur moyenne de 19 kilomètres. Deux sondages ont donné 85 et 114 mètres de profondeur. De son côté, le lieutenant Bignell a reconnu le petit Mistassini, en amont du grand lac, et le représente aussi comme un évasement du fleuve Rupertqui, en cet endroit, atteint une largeur de 10 kilomètres.

La question de la véritable source du Mississipi, que le capitaine Glazier a reconnu être non pas le lac Itaska, comme on le supposait, mais un lac situé au delà et dont il s*est attribué la découverte en le baptisant du nom de « lac Glazier », a donné lieu à une protestation de la part de M. Russel Hinmans. Ce dernier, documents en main, démontre que le lac était déjà connu de Schoolcraft en 1832, et de Nicollet en 1836. Ni l'un ni l'autre de ces explo- rateurs ne lui avait donné de nom; mais cette omission avait été réparée sur la carte du Land Office de 1879, oîi il est indiqué sous la dénomination de Lake Elk, dénomi- nation qui aurait ainsi la priorité sur celle de Lake Glazier, donnée seulement en 1881.

Récemment est rentrée en France, après avoir accompli, pour le Ministère de l'Instruction publique et avec le concours de M. Pierre Lorillard, une mission dans le centre du Yu- catan. Son but principal était de constater si diverses villes, reconnues par Francisco de Montijo en 1527, étaient sem- blables aux villes plus anciennes dont la description a été déjà faite et si elles appartenaient à la même civilisation.

Empêché par un soulèvement des Indiens de s'avancer vers l'est, il eut l'heureuse fortune de découvrir, un peu au nord deValladolid,des ruines tout à fait semblables, d'après les indigènes, à celles de Koba, qu'il se voyait empêché de visiter. L'examen de ces restes d'une cité appelée en langue maya Ëkbalam (le tigre noir) a confirmé M. Gharnay dans ses idées sur l'âge relativement récent des cités yucatèques.

ilO RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

Il y a VU, en outre, la preuve que, du xv® siècle à l'arrivée des Espagnols, les Mayas avaient continué à bâtir des temples et des palais sur le modèle de ceux des villes antiques, comme Uxmal, Labua, Chichen-itza ; mais dans des conditions qui in- diquent une époque de décadence déterminée par Taccrois^ sèment du nombre, Tattaiblissement de la puissaDce des caciques. Cette période de décadence avait été signalée par les historiens, mais les témoignages directs n'en avaient pas encore été découverts. Ce n'est qu'une partie des résul- tats du voyage de M. Charnay, dont le nom a désormais sa place sur la liste des hommes qui ont le plus contribué à éclairer le passé des civilisations américaines.

Dans l'Amérique du Sud, M. le docteur Sievers, qui de- puis plusieurs années explore le Venezuela et les montagnes limitrophes de la Colombie, déclare que, contrairement à ce qui a été dit par les précédents voyageurs